samedi 18 juillet 2009

Recomposition ou pulvérisation des Centres ? (3)

Avec du retard, troisième volet de cet état des lieux de la famille centriste en France (1) avec les centristes alignés sur les grands partis de gouvernement.

Le Nouveau Centre a obtenu 3 eurodéputés lors des dernières élections et voit donc son contingent tripler. Cependant où sont ses perspectives ? Nous nous souvenons du discours d'Hervé Morin avant les législatives de 2007, expliquant que le choix stratégique de François Bayrou condamnait ses idées. Grâce au PSLE, devenu rapidement Nouveau Centre, des idées portées par l'UDF apparaissaient dans la plate-forme commune UMP/NC. Il citait deux mesures phares : le « small business act » à la française et l'introduction d'une dose de proportionnelle dans la constitution. Il est vrai que, si les néo-centristes étaient parvenus à imposer ces réformes, ils auraient eu l'arme absolue pour montrer que les démocrates faisaient fausse route. Or, il n'en est rien. Le Nouveau Centre s'affiche comme un centre inutile. Il n'est décisif dans aucune assemblée. Malgré son puissant allié (et en dépit de ses nombreuses demandes, voire des récriminations outrées de François Sauvadet), il n'a aucune présidence de commission. Lorsqu'il essaie d'apporter une nuance centriste aux projets UMP, il reçoit systématiquement, ou presque, une fin de non recevoir. 

Un exemple précis où toute la famille centriste était réunie. A la fin de l'hiver dernier, Pierre Méhaignerie (centriste dans l'UMP) demandait une contribution exceptionnelle des plus hauts revenus, Charles de Courson et Nicolas Perruchot (NC) voulaient sortir la CSG et le CRDS du bouclier fiscal, Jean Arthuis (AC) proposait une refonte complète de la fiscalité qui passait par l'élimination de ce dispositif, tandis que François Bayrou réclamait sa suppression sèche... Résultat ? Rien a changé, que l'on soit dans l'UMP, allié de l'UMP, dans la majorité présidentielle ou dans l'opposition, tous les centristes étaient d'accord, mais ils ont été incapables d'infléchir la politique gouvernementale. Preuve, s'il en était besoin, du grand cas fait par l'UMP des idées centristes et de l'inutilité du centrisme (r)allié... (2)

Autre exemple, à la marge peut-être de notre sujet : le parti de Christine Boutin. Affirmer que le Parti Chrétien-Démocrate est centriste pose problème : il ne s'en réclame pas ouvertement (au profit de l'appellation droite sociale), mais la tradition chrétienne-démocrate, en France, s'est toujours positionnée plutôt au centre-droit... Et puis, Christine Boutin a fait partie de l'UDF confédérale et incarne ce courant fait à la fois de préoccupation sociale et de conservatisme qu'il est difficile de catégoriser précisément. Bref, le Forum des Républicains sociaux s'est transformé en Parti Chrétien Démocrate il y a quelques semaines. Sur la page d'accueil du site, on peut lire ceci en date du 20 juin :

« Je m’adresse ici à mon ami Xavier, notre Secrétaire Général, pour lui dire la confiance que j’ai dans son action de mobilisation, la joie que j’ai à participer au gouvernement de la France et l’espérance que m’apportent les chantiers mis en œuvre par notre Président Nicolas Sarkozy.

Mais je tiens aussi à lui passer quelques messages. Nous sommes fidèles, loyaux et deviendrons exigeants !
• il n’y a pas d’unité durable s’il n’y a pas de diversité assumée et visible. Le Parti Chrétien-Démocrate est associé à l’UMP, cela ne veut pas dire caché derrière l’UMP…
• il n’y a pas d’unité durable s’il n’y a pas de débat sur le fond. Chaque composante doit apporter à l’ensemble ce qu’elle porte de meilleur. Nous jouons carte sur table mais nous ne pouvons pas accepter de jouer dans l’espace enfant ;
• il n’y a pas d’unité durable s’il n’y a pas de reconnaissance et de succès partagé. Nous serons présents pour 2010, 2011 et 2012. Nous voulons participer aux combats, qu’il s’agisse de victoire ou de défaite… mais nous ne pouvons pas accepter de collectionner les suppléances ou de nourrir des espoirs pour la 3ème génération de nos petits-enfants. Dans les régions, nous participerons à la liste ou aux listes présentées par la droite et le centre. Nous aspirons à mener le combat dans certains départements, comme ce fut le cas aux européennes, mais nous souhaitons avoir demain des élus dans les nouveaux conseils régionaux. »

Le 29 juin, elle faisait part de son mécontentement après son « jetage »



Avant de refuser une mise au placard diplomatique. Le télescopage de ces déclarations est éclairant. Il ne s'agit pas ici de défendre les idées de Madame Boutin, ou son bilan au ministère du Logement, mais il s'agit d'un autre exemple du poids des anciens UDF ralliés. En cela, François Bayrou avait raison et n'a pas été démenti (notamment à partir de 5'30'').

On pourrait faire le même type d'observation à propos des radicaux de gauche, relégués au rang de supplétifs occasionnels du Parti socialiste.

Pour les centristes, la période est sombre. Le Mouvement Démocrate n'a pas réussi à percer au cours de ses deux dernières années, alors qu'il incarnait la volonté d'offrir une troisième voie cohérente et indépendante. Pour l'instant, les faits donnent raison à Jean-Louis Bourlanges. De plus, les échecs électoraux successifs semblent contribuer à un gauchissement du discours (voir le prochain billet) qui se traduit localement par des alliances répétées à gauche (Perpignan, Hénin-Beaumont ou Aix-en-Provence). A la rentrée, les instances nationales devraient accoucher d'une stratégie nationale « cohérente » pour les élections régionales. Elle sera révélatrice de l'ambition du Mouvement à demeurer original et indépendant. A la Marguerite, on espère éviter un syndrome à l'italienne.

Les alternatives ne sont pas légions. Le ralliement à l'UMP ne permet pas de défendre plus efficacement nos idées. C'est à partir de ces faits que l'initiative de Jean Arthuis peut être comprise. Cependant, existe-t-il encore un espace pour l'Alliance Centriste ? Réunir les centres constitue un beau programme, mais déjà le Nouveau Centre traîne les pieds. En somme, l'impasse stratégique ne vaut pas seulement pour le Mouvement Démocrate mais pour l'ensemble des Centres, aujourd'hui pulvérisés et incapables de se refonder.




(1) D'aucuns diront que le Mouvement Démocrate n'est pas centriste... peut-être dans le sens où il ne cherche pas à se positionner par rapport à la droite ou à la gauche (ce qui est sujet à caution), mais François Bayrou s'est lui-même réclamé du Centre (et ce dès le soir du 22 avril 2007) et les idées de l'humanisme démocratique ont toujours été portées par le Centre en France.

(2) Impossible en pareille occasion de ne pas rappeler l'avis de Raymond Barre à ce sujet : « Un parti monolithique du type UMP n'est pas souhaitable. On a pu le mesurer à travers les multiples péripéties de 2006, du CPE à l'affaire Clearstream en passant par la fusion Suez-GDF : les désaccords étaient flagrants au sein de l'UMP, mais tout le monde s'est couché. Je regrette que des hommes comme Pierre Méhaignerie soient passés à l'UMP ». in Raymond Barre, L'expérience du pouvoir, Fayard, 2007, p.237. A noter que les deux courants « centristes » de l'UMP (Démocrates et populaires et la Convention Démocrate) semblent avoir cessé d'exister et n'ont plus aucune vitrine sur l'Internet.

jeudi 2 juillet 2009

Recomposition ou pulvérisation des Centres ? (2)

Le week-end dernier a été occupé, au Centre, par la création d'un nouveau parti : l'Alliance Centriste. Ce nom, qui relève plus du souhait prospectif que du constat, désigne la conversion en parti politique de l'association « Rassembler les Centristes » fondée par Jean Arthuis il y a un peu plus d'un an.

Le positionnement du sénateur Arthuis s'avère complexe à appréhender. Son objectif est de constituer une « confédération centriste » sur le modèle de l'UDF de 1978 et ainsi de refonder le Centre affaibli par ses divisions successives. Soit. Pour cela, il affirme avoir noué des contacts avec des responsables du Parti Radical, du Nouveau Centre et des membres du MoDem (sic... nuance qui a son importance). Il affirme vouloir être indépendant tout en étant solidaire de la majorité présidentielle. Voilà pour le projet.

Pour les membres de la marguerite, Jean Arthuis est quelqu'un d'estimable et la lecture de ses analyses en matière économique souvent éclairante, quoique le centrisme arthuisien soit clairement libéral (ici, ce terme n'a pas valeur de récrimination). Il a suivi François Bayrou lors de la création du MoDem pour le quitter lors des municipales de 2008 : il souhaitait une stratégie claire d'alliance avec l'UMP. Même si ses critiques ont été dures à l'encontre du MoDem, il a eu le mérite de ne pas jouer de l'insulte ou de l'imprécation. C'est pour cela que l'hypothèse selon laquelle Jean Arthuis serait téléguidé seulement pour nuire à François Bayrou et réussir là où le Nouveau Centre a échoué ne nous paraît pas plausible. Le sénateur Arthuis nous semble sincère (autant que peut l'être un homme politique), ce qui ne signifie pas pour autant que nous partageons toutes ses analyses.

L'idée d'une confédération des centres est séduisante. Sans partager complètement l'enthousiasme du CREC, force est de constater que le Mouvement Démocrate n'a pas su, pour l'instant, s'imposer comme un mouvement de masse et que, peu ou prou, ses résultats sont ceux de feu le CDS. En outre, le chaos consécutif à sa création n'en a pas fait une instance où le débat est aisé. Le pluralisme a du mal à s'y exprimer sereinement. Or, la question de la forme du Mouvement s'est posée en 2007. Nous nous souvenons du discours de François Bayrou à Marseille en juillet 2007 expliquant son choix d'un mouvement unitaire. L'UDF de Giscard était traversée de tensions très fortes, il n'empêche que le lien souple d'une confédération avec des partis aux idées proches, quoique différentes, constitue une alternative à prendre en compte.

Les partis ciblés par le sénateur ont-ils des choses en commun ? Le Nouveau Centre est composé de personnes qui ont fait et soutenu le programme présidentiel de François Bayrou en 2007. Certes, ils se sont fourvoyés après, mais comme l'a prédit le président du MoDem en février 2008 : « nous nous retrouverons » (écoutez à partir de 4 minutes 40). Il en va de même avec la partie programmatique du discours d'Arthuis qui ne pose aucun problème de compatibilité avec celui du Mouvement :

Notre identité se décline en valeurs humanistes, libérales, sociales et européennes. Nous sommes adeptes du développement durable et de l’économie sociale de marché. La crise à laquelle nous devons faire face est une épreuve majeure pour la France, pour l’Europe et pour le monde. Pour la première fois, nous prenons conscience des défis que nous impose la globalisation : comment arrêter la machine à exacerber les inégalités monstrueuses et à briser la cohésion sociale ? comment freiner la combustion des ressources rares et stopper le réchauffement de la planète ? Comment mettre un terme à la cupidité prédatrice de l’hyper financiarisation et briser les dérives insupportables du capitalisme financier ? comment donner à l’Europe sa vocation régulatrice et protectrice en rassemblant des Etats encore accrochés à une souveraineté illusoire ? 
Cette crise n’est pas seulement mondiale, économique, financière et sociale. Elle est une crise de l’art de vivre ensemble et des dévoiements de la pratique démocratique. Comme si les arbitrages politiques, du fait de l’horizon « court-termiste » dicté par les échéances électorales, devaient aboutir systématiquement à des déficits de nos finances publiques, à un amoncellement de dettes et à des réponses teintées de démagogies. Les enjeux de pouvoirs, écrasés par la double tyrannie de l’immédiateté et de l’annonce médiatique, n’ont-ils pas altéré les exigences de vérité, de lucidité et de courage ? 


Il peut y avoir des nuances, mais, très honnêtement, qui pourrait être contre et se dire démocrate ? On se demanderait presque pourquoi il est apparu nécessaire au sénateur Arthuis de créer un nouveau parti... Quant au parti radical, ne connaissant qu'assez peu ses prises de position spécifiques, on peut lui donner quitus à ce sujet.

La différence, comme souvent, est stratégique. Tout au long de son discours, le président de la nouvelle Alliance Centriste balance entre deux écueils : l'indépendance (qui fait défaut au Nouveau Centre) et la solidarité avec la Majorité Présidentielle (alors que le MoDem est dans l'opposition). C'est là le noeud du problème, si ce projet est honnête. Le MoDem n'est pas miscible à la majorité et le Nouveau Centre ne peut pas réellement s'autonomiser. D'autre part, est-il possible d'être dans la majorité et réellement indépendant ? Rien n'est moins sûr, l'UMP, en bon RPR rebadgé qu'elle est, admet difficilement la dissonance en son sein. Un exemple avec l'ancien euro-député Thierry Cornillet. Il a suivi le même parcours qu'Arthuis mais a rejoint le Parti Radical. A-t-il démérité durant son mandat ? Sans doute non. Et pourtant, après l'échec de la piste Ferry pour la deuxième place dans la région Sud-Est, l'UMP a préféré l'accorder à Damien Abad, récemment parachuté du Sud-Ouest... Il y a là comme un signe.

Deuxième écueil : le positionnement par rapport à la droite. La droite modérée, telle qu'elle pouvait être incarnée autrefois par le Parti Républicain, n'existe plus. Le gaullisme non plus d'ailleurs. Du coup, l'UMP est un grand parti de droite libéral-conservateur. Dès lors, il est difficile d'être allié et indépendant. Il faut atteindre une certaine masse critique pour se poser en véritable interlocuteur. Or, le rapport de force n'est pas du tout en faveur du centre seul (y compris si on ajoute toutes ses diverses incarnations). Surtout, M. Arthuis feint d'oublier un élément essentiel : la droite ne veut pas d'un véritable centre (tout comme la gauche d'ailleurs). Depuis 1978, les gaullistes n'ont eu de cesse de vouloir phagocyter le Centre et la création de l'UMP en 2002 a bien failli y réussir. 

Troisième écueil : le chef. Jean Arthuis dénonce le bonapartisme du Mouvement (1). Plusieurs réflexions... Ce bonapartisme a été bien utile depuis 2002 pour faire subsister un centre indépendant en France. Sans François Bayrou, l'essentiel de la nouvelle UDF aurait été absorbée par l'UMP. Il n'y a qu'à voir ce que sont devenus les « centristes » de l'UMP pour se convaincre du bien fondé de ce choix. De plus, le sénateur oublie un peu trop vite que la première UDF était la créature de Valéry Giscard d'Estaing. Cette confédération a fonctionné tant que son leader a eu du poids. VGE quitte sa présidence en 1996, deux ans plus tard, Démocratie Libérale (l'ancien Parti Républicain) prend son indépendance et fait éclater la confédération. Aussi, même si le fonctionnement du MoDem n'est pas sans reproche (on a vu les méfaits d'une hyper-centralisation sur la personne du chef lors des dernières européennes), il n'y a pas de parti sans grand leader. Au centre comme ailleurs. Or, le seul a en avoir l'étoffe, c'est François Bayrou.

Il ne peut y avoir de Centre que s'il est réellement indépendant des deux autres bords. S'il s'aligne sur l'un d'eux, il est appelé à disparaître ou n'être qu'un parti croupion. L'initiative de Jean Arthuis a au moins un mérite : celui de proposer la réunion de tous les Centres.

(1) Si on voulait se montrer taquin, on pourrait remarquer que l'héritier de la Maison Bonaparte a rejoint le Mouvement Démocrate.

mardi 30 juin 2009

Recomposition ou pulvérisation des Centres ? (1)

Les élections européennes et la préparation des régionales de 2010 produisent leurs effets sur l'échiquier politique français. Le Centre (dans toutes ses diverses incarnations) n'y échappe pas. Pour ce premier billet, à tout seigneur, tout honneur, nous débuterons par le Mouvement Démocrate.

Des débats dans chaque fédération ont été convoqués, en préparation d'un Conseil National qui devrait tirer le bilan des Européennes. Personne de la Marguerite n'a pu se rendre à Marseille en temps et en heure pour le débat local... et le site de la Fédération reste muet. Il faut dire que les débats marseillais n'ont pas toujours été des modèles de sérénité et de dialogue constructif (les municipales de 2008 ont laissé plus encore ici qu'ailleurs des traces).

Récemment, Christophe Ginisty (Modem d'Issy-les Moulineaux) a lancé un groupe, répondant à l'ambitieux vocable de Promoteurs et a proposé un ensemble d'ajustement structurel au moyen d'une lettre ouverte. Outre l'intentionnalité de cette manoeuvre (sans doute très largement pro domo), on peut être assez circonspect devant une démarche qui pose en préalable le problème de l'organigramme avant celui des idées ou de la cohérence programmatique. Comme nous l'avions évoqué au lendemain du 7 juin, il faut d'abord affiner le projet démocrate (l'Hérétique a également développé cette idée), le clarifier. On n'ose imaginer le résultat de la nomination de porte-parole sans ce préalable.

A propos des régionales, François Bayrou a annoncé qu'une stratégie nationale serait adoptée et que les accointances locales ne pourraient pas justifier des acrobaties comme il y a pu en avoir lors des municipales. Certains réclament un positionnement clairement au centre-gauche... Outre la vacuité de cette appellation (quelles idées derrière le vocable « centre-gauche » ? un libéralisme de gauche ? Un socialisme light ?), on peut se demander où se situe la pertinence d'une telle proposition. A les lire, les tenants de cette ligne n'ont qu'un seul axe de réflexion : l'alliance à gauche. Or, comme le faisait remarquer Francesco Rutelli, les socialistes connaissent une crise sans précédent au niveau européen. La sociale-démocratie-libérale est à bout de souffle. Pourquoi abandonner l'originalité et la singularité du projet démocrate pour être phagocyté par la gauche ? Seule l'autonomie peut nous permettre d'éviter cet écueil. Il est d'ailleurs plaisant d'entendre aujourd'hui certains thuriféraires du « centre-gauche »... en se souvenant avec quelle morgue ils pourfendaient le centre-droit, les « anciens UDF » honnis, qui voulaient se ranger aux côtés de l'UMP. L'erreur est pourtant de même nature. Si nous sommes minoritaires, nous devons nous allier au second tour, mais cela ne peut se faire qu'avec des fondations programmatiques solides, une détermination positive et précise de ce que nous sommes, ce qui nous manque pour l'instant.

Cette offensive n'est en soi pas très étonnante. Il faut dire que les gaucho-centristes ont eu un os à ronger ces derniers jours avec la nomination de Michel Mercier au gouvernement. On a pu lire sur la toile quelques billets haineux stigmatisant les restes d'un passé révolu, contraire à la pureté du Mouvement Démocrate. Cela appelle plusieurs réflexions. Il faudrait déjà que nous, militants démocrates, arrêtions de jouer de l'anathème dans nos rangs. C'est un comportement sectaire qui ne nous honore pas. Il y a plus de deux ans déjà Jean-Louis Bourlanges dans sa lettre très tranchante de la revue Commentaires (lettre qui nous mettait en garde contre le syndrome du temple solaire). Il faudrait reconnaître à Michel Mercier une grande qualité : il n'a pas varié. Il a participé à la création du Mouvement, et même s'il a des divergences sur la stratégie à suivre, il l'a exprimé honnêtement. Il a démissionné de la présidence du MoDem Rhôdanien en 2008, il s'est seulement mis en congé du mouvement et surtout il n'a pas craché dans la soupe contrairement à beaucoup d'autres. Toutefois, ces remarques ne signifient pas nécessairement qu'il a raison. Il s'est affiché comme « un centriste d'origine démocrate-chrétienne ». Pourra-t-il faire entendre sa différence au sein d'un gouvernement qui n'est ni modéré, ni humaniste et dans un ministère aux moyens semble-t-il limité (notamment administrativement) ? Rien n'est moins sûr.




dimanche 21 juin 2009

Le Nouveau Centre et son évolution (?)

Le Nouveau Centre a été fondé il y a un peu plus de deux ans. Initialement, il s'agissait de créer une structure pour accueillir les parlementaires qui ne voulaient plus assumer la stratégie d'autonomie de François Bayrou après le premier tour des présidentielles de 2007. Par la suite, au gré des différentes élections, les départs du Mouvement Démocrate pour le Nouveau Centre se sont succédés. Progressivement, le canot de sauvetage a voulu étoffer son projet. Officiellement, le parti social-libéral européen doit faire revivre le projet de l'UDF des origines.

Il y aurait beaucoup à écrire sur le fond à ce sujet, mais un événement très local appelle une réflexion plus conjoncturelle. Le représentant néo-centriste marignanais est Guy Martin. D'après le blog de la fédération départemantale du Nouveau Centre, il dirige provisoirement la section locale. Rien de très étonnant, il occupait cette fonction à l'UDF. Les complexités locales ont fait que le Nouveau Centre n'a pas participé directement aux élections municipales de 2008. Pourtant, la Provence nous a appris la création d'un groupe Nouveau Centre au Conseil Municipal, dirigé par Laurent Lavie, dont tous ses membres sont issus de la majorité municipale.

Il y a là une double curiosité. Tout d'abord, pourquoi se réclamer d'une étiquette que l'on n'a pas assumé devant les électeurs ? Pourquoi le faire un an après les élections, surtout lorsque la justification consiste à vouloir revendiquer ses « convictions ». Bref, cela fleure l'opportunisme et l'embrouillamini mais ce n'est le plus curieux.

Dans les cinq membres de ce groupe, un seul a fait partie de l'UDF. Les autres sont d'anciens RPR, anciens UMP, sarkozystes convaincus et collaborateurs proches du maire. Certains ont toujours leur carte à l'UMP et participent aux scrutins internes, c'est dire... L'appartenance au Nouveau Centre n'est pas motivé par un attachement aux idées mais par un simple positionnement tactique. On peut comprendre la logique à l'oeuvre. Il leur est difficile de s'afficher UMP quand on sait que, par pur calcul électoral, leur Fédération avait donné l'étiquette à Daniel Simonpiéri qui n'en fai(sai)t pas partie (1). Ainsi, le Nouveau Centre, qui est dans la majorité mais pas statutairement dépendant de l'UMP, offrait le meilleur compromis. 

Or, ce cas n'est pas isolé. A Aix, Bruno Genzana, dans une situation similaire, a aussi essayé d'entrer au Nouveau Centre. Or, si cet afflux d'umpistes déçus ou en rupture de ban constitue un phénomène durable et continu, quel crédit peut-on accorder au projet néo-centriste d'incarner l'ancienne UDF ? (2)


(1) Quoique cela ne gêne pas Geneviève Moy et les membres de son groupe « UMP Marignane ». Notre ville a donc la particularité d'avoir deux groupes labellisés UMP, élus sur deux listes différentes, dans son conseil municipal.

(2) On notera également que Bruno Genzana, néo-néo-centriste, dirige le groupe "Agir pour le 13" au Conseil Général... groupe dans lequel Daniel Simonpieri siège... sic




vendredi 12 juin 2009

Après le désastre (2)

Le désastre des européennes a suscité de nombreuses analyses à chaud. Inutile de revenir sur l'échange Bayrou/Cohn-Bendit, il a eu un impact, certes, mais difficilement quantifiable. On a incriminé la qualité de la campagne. Nous autres militants devons battre notre coulpe. Aux critiques portées contre le discours démocrate, trop faible sur l'Europe, nous n'avons pas su répondre. Notre vision était sans doute faussée. Quand on lit les programmes, que l'on assiste aux conventions thématiques, on ne mesure pas quel est l'écho réel auprès de l'opinion publique. Nous étions persuadés de parler d'Europe, mais le message n'a pas été reçu. Comme l'a dit François Bayrou, le fait de lier débat national et européen n'a pas été compris, au contraire, il a été exploité par nos adversaires pour décrédibiliser nos propositions. Nous n'avons pas su prendre le contrepied de ces nombreuses critiques. En cela, la campagne a été ratée.

La deuxième analyse est plus insidieuse. Dès la publication des résultats, sur le plateau de France 2, Corinne Lepage a affirmé que l'on devait écologiser le Mouvement. Cela mérite plusieurs remarques. Corinne Lepage est vice-présidente en charge des commissions. Elle a donc un rôle charnière dans la fabrique des idées du Mouvement. Son analyse se place donc dans une autre perspective ou alors elle est incongrue. Cap 21, le mouvement qu'elle dirige, organise son congrès dans les semaines à venir. S'il est cofondateur du Mouvement Démocrate, tous ses militants ne partagent pas un enthousiasme débordant pour notre aventure commune. Aussi, s'agissait-il peut-être de donner des gages aux adhérents Cap 21, qui peuvent logiquement s'interroger sur la pertinence de cette coopération. En outre, ce la ne résiste pas à l'analyse des résultats électoraux. Si l'écologie avait constitué le point cardinal de l'élection, Jean-Luc Bennahmias (ex-vert) aurait dû faire un bon score. Or, c'est dans la région Sud-Est que le Mouvement démocrate fait son plus petit résultat (7,5, soit un point sous la moyenne nationale). Il n'y a pas eu non plus de prime au département d'origine. Alors que c'est ici en Provence que l'on connaît le mieux l'engagement écologiste de JLB, la liste qu'il a dirigée arrive en sixième position derrière le FN et le Front de Gauche à seulement 6 %.

Notre échec ne provient donc pas tellement d'un manque d'écologie, mais de notre incapacité à mobiliser entièrement l'électorat humaniste et démocrate. La Belgique (plus précisément la Wallonie) offre un point de comparaison. Pour peu qu'on veuille bien admettre que le MoDem a une certaine proximité stratégique (refus de la bipolarisation) et programmatique (l'humanisme démocratique) avec le CDH (Centre Démocrate humaniste), on se rend compte que la percée des écologistes ne signifie pas nécessairement l'épuisement des démocrates. Dans la communauté francophone belge, le succès d'Ecolo à 23 % n'a pas empêché le CDH de maintenir ses scores à plus de 13 %. Nous n'avons pas su incarner aux yeux de l'opinion publique nos « fondamentaux ». Peut-être cela provient-il justement d'une définition trop vague de notre épine dorsale idéologique. En cela le propos de Corinne Lepage est pertinent. Sommes-nous des héritiers de la démocratie-chrétienne française, modérée et réformiste ou devons-nous devenir un énième mouvement écologiste ? On a vu, lors des municipales notamment, que lier l'ensemble conduisait souvent à ne livrer qu'un salmigondis assez tiède, difficilement identifiable. Il ne s'agit pas de prendre l'un pour exclure l'autre mais de choisir ce qui doit primer dans notre profession de foi collective. Or, depuis deux ans, nous n'avons pas su trancher.

Le Mouvement Démocrate se retrouve une nouvelle fois à la croisée des chemins. La faiblesse des partis démocrates a poussé, comme nous le pressentions, le Partito Democratico à intégrer le PSE. La ligne de Piero Fassino l'a emporté. Finalement, en lieu et place d'une réelle novation, l'exemple italien finit par donner l'image d'une absorption du courant social-chrétien par les socialistes. Ce n'est pas un changement de nom de groupe et quelques ajouts dans la charte du PSE qui vont fondamentalement changer les choses. Le PSE reste marqué par une référence à l'analyse marxiste qui est étrangère à la pensée démocrate-chrétienne. Sans autonomie, les démocrates italiens seront sans doute réduits à l'état de supplétifs, juste bons à faire nombre dans le Parlement Européen. C'est un authentique déni de ce qu'aurait pu être un véritable projet démocrate qui s'affranchisse de la bipolarisation. Il y a effectivement une marge entre coopérer et faire partie du même groupe. Du coup, le Modem se retrouve dans une position très délicate pour ne pas dire impossible. Au sein de l'ADLE, le PDE ne représente quasiment plus rien. Le groupe des verts est bien trop disparate voire antagoniste avec nos idées. Rejoindre le PSE, à la suite du PD italien trahirait l'originalité de notre projet. Malheureusement, il est trop tard pour faire éclater l'ancienne géométrie au PE et tenter de réunir tous les modérés humanistes-démocrates refusant la bipolarisation (comme le CDH belge ou l'UDC italienne) au sein d'un même groupe.




mercredi 10 juin 2009

Après le désastre (1)

Le scrutin des Européennes a rendu son verdict. Avec un peu plus de 8,4 %, le MoDem se situe en-dessous des prévisions de la dernière semaine de campagne... au niveau de la liste Veil de 1989. Dire qu'il s'agit d'une déception relève de l'euphémisme, c'est d'un désastre dont il s'agit. Malheureusement, le titre de ce billet n'est pas aussi outrancier qu'il n'en a l'air.

Des euro-députés sortants n'ont pas été réélus : Anne Laperrouze, Bernard Lehideux, Jean-Marie Beaupuy et Nathalie Griesbeck a failli sublir le même sort si Jean-François Kahn n'avait pas démissionné. Ils n'avaient pas démérité dans leurs fonctions. Le gâchis de talents est donc avéré.

Un pareil échec est une nouveauté pour notre famille politique. Le courant modéré démocrate-chrétien avait réussi les derniers scrutins européens lorsqu'il était indépendant (1999-2004). Le vote sur des listes et à la proportionnelle à un tour permettent d'échapper à l'effet bipolarisant traditionnel que l'on rencontre habituellement en France. Or, ici, cela ne nous a été d'aucun secours. Pire, cet échec annonce des lendemains difficiles pour les prochaines échéances, notamment régionales. Les deux tours, la faiblesse relative du Mouvement et les choix difficiles qui se présentent à nous démocrates constituent autant d'embûches. Pour faire court, la configuration des régionales ne nous favorisent pas, aussi le MoDem pourra-t-il se relever d'un quatrième échec de rang ? Les Européennes auraient dû constituer une bouffée d'air frais dans cette séquence d'élections intermédiaires. Ce n'est pas le cas. Ce troisième échec accrédite donc aux yeux de l'opinion publique la thèse de l'impasse stratégique du MoDem.

Cela est d'autant plus cruel que le thème européen est un des fondements de notre identité politique. « Nous l'Europe » n'a pas mobilisé l'électorat modéré et démocrate-chrétien. La perte de 4 pourcents par rapport à 2004 pose question. Au lieu d'élargir le socle de l'UDF libre, la création du Mouvement semble avoir éloigné une partie de cet électorat traditionnel, sans qu'il soit remplacé réellement.

C'est enfin un désastre car cela semble sceller le sort du PDE. Le Parti du Travail lituanien perd 4 sièges (1 député). Le sort du MCC en Belgique n'est pas évident. Au mieux, conserve-t-il un élu. Le PNV basque semble avoir conservé un élu également. Cesta zmeny (République Tchèque) et le parti chypriote membre du PDE n'ont pas eu d'élu. A ce tableau déjà peu reluisant, on sait que le MoDem perd 5 de ses 11 élus... En tout, il n'y aurait que 9 députés PDE... rien de très engageant pour convaincre les députés du PD italien de continuer avec nous. Cet échec va donner du grain à moudre à la ligne de Piero Fassino. De plus, on ignore quelle est la proportion d'élus issus de l'ancienne Marguerite suivant la ligne de Francesco Rutelli (11 ? 10 ?). Le PDE est trop peu fourni pour former un groupe ou pour peser dans l'ADLE.

Les élections européennes auraient pu être une planche de salut... à chaud, la délégation MoDem fait figure de radeau de la Méduse.




vendredi 5 juin 2009

Des bruissements de la médiasphère : quand Bayrou lit Cohn-Bendit

Pour qui n'a suivi que la fin de l'émission « A vous de juger », le réveil a été surprenant. Sur Europe 1, pêle-mêle, on annonce que François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit se sont insultés, que le président du MoDem « a pété les plombs », qu'il n'a parlé que de lui-même. Curieux, curieux. A partir de 22 heures 20, FB paraissait calme, plutôt précis sur la Turquie et les valeurs de l'Europe. Incisif sur les sondages. Plutôt du bon Bayrou (certes, on l'a connu plus à l'aise, mais la campagne a été longue) qui a parlé d'Europe.

Il a donc fallu recourir au streaming pour voir de quoi il retournait. Sur la longueur, on comprend ce qui se passe. Bayrou dénonce la connivence de DCB avec le président Sarkozy et cite un échange ayant eu lieu au Parlement. DCB trouve l'argument ignoble et enchaîne en traitant Bayrou de « trop minable ». Qui s'énerve ici ? 

Bayrou répond sur le terme « ignoble » en disant que DCB a porté un certain nombre d'ignominies. Bayrou refuse dans un premier temps de dire ce qu'il vise, puis devant l'insistance du leader d'Europe-Ecologie, il évoque les écrits douteux de DCB dans les années 1970. Le débat se poursuit et Bayrou semble énervé mais pas spécialement hors-de-lui.

Le blog « Tout Bayrou » reproduit la dépêche AFP, où on apprend que DCB regrette lui-même les fameux écrits incriminés. Il y a donc consensus pour dire que c'est effectivement ignoble. François Bayrou a-t-il « pété » les plombs ? Non, il a seulement utilisé un argument hors-de-propos, on a glissé du politique au personnel, mais en tous les cas, il n'y a pas eu insulte ou diffamation. Les propos sont avérés et proviennent de DCB lui-même. C'était évidemment maladroit, mais de là à susciter un tel emballement de la médiasphère radio, télé, web, presse écrite... Le plus regrettable est que finalement en cédant à la provocation de Cohn-Bendit, François Bayrou ait donné du grain à moudre à tous les adeptes du Bayrou-bashing...

On en oublierait presque l'inanité de l'excuse du leader vert pour expliquer le fait qu'Europe-Ecologie réserve le gros de ses canonnades pour le MoDem, en quasi-synchronisation avec le Nouveau Centre et l'UMP. On oublierait presque l'hétérogénéité des listes Cohn-Bendit.

Un dernier mot sur l'émission (tant pis si on passe pour des bayrouistes paranoïaques...). L'émission n'était pas bonne. Arlette Chabot ne parvenait à mener le débats, le dispositif avec des petites tables ne rimaient à rien et facilitait la dérive vers la foire d'empoigne. Enfin, il était assez amusant d'entendre Brice Teinturier nuancer son sondage, expliquant qu'il ne révélait qu'une tendance qui demandait à être confirmée. On peut noter qu'il a oublié d'évoquer la marge d'erreur de 1 à 2 %. Devant donc la certitude (sic) incarnée par ce sondage, on n'était donc pas surpris de voir en immense sur le mur d'image « Cohn-Bendit devant Bayrou »... voilà pour la nuance. Bravo « A vous de juger » !