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dimanche 21 juin 2009

Le Nouveau Centre et son évolution (?)

Le Nouveau Centre a été fondé il y a un peu plus de deux ans. Initialement, il s'agissait de créer une structure pour accueillir les parlementaires qui ne voulaient plus assumer la stratégie d'autonomie de François Bayrou après le premier tour des présidentielles de 2007. Par la suite, au gré des différentes élections, les départs du Mouvement Démocrate pour le Nouveau Centre se sont succédés. Progressivement, le canot de sauvetage a voulu étoffer son projet. Officiellement, le parti social-libéral européen doit faire revivre le projet de l'UDF des origines.

Il y aurait beaucoup à écrire sur le fond à ce sujet, mais un événement très local appelle une réflexion plus conjoncturelle. Le représentant néo-centriste marignanais est Guy Martin. D'après le blog de la fédération départemantale du Nouveau Centre, il dirige provisoirement la section locale. Rien de très étonnant, il occupait cette fonction à l'UDF. Les complexités locales ont fait que le Nouveau Centre n'a pas participé directement aux élections municipales de 2008. Pourtant, la Provence nous a appris la création d'un groupe Nouveau Centre au Conseil Municipal, dirigé par Laurent Lavie, dont tous ses membres sont issus de la majorité municipale.

Il y a là une double curiosité. Tout d'abord, pourquoi se réclamer d'une étiquette que l'on n'a pas assumé devant les électeurs ? Pourquoi le faire un an après les élections, surtout lorsque la justification consiste à vouloir revendiquer ses « convictions ». Bref, cela fleure l'opportunisme et l'embrouillamini mais ce n'est le plus curieux.

Dans les cinq membres de ce groupe, un seul a fait partie de l'UDF. Les autres sont d'anciens RPR, anciens UMP, sarkozystes convaincus et collaborateurs proches du maire. Certains ont toujours leur carte à l'UMP et participent aux scrutins internes, c'est dire... L'appartenance au Nouveau Centre n'est pas motivé par un attachement aux idées mais par un simple positionnement tactique. On peut comprendre la logique à l'oeuvre. Il leur est difficile de s'afficher UMP quand on sait que, par pur calcul électoral, leur Fédération avait donné l'étiquette à Daniel Simonpiéri qui n'en fai(sai)t pas partie (1). Ainsi, le Nouveau Centre, qui est dans la majorité mais pas statutairement dépendant de l'UMP, offrait le meilleur compromis. 

Or, ce cas n'est pas isolé. A Aix, Bruno Genzana, dans une situation similaire, a aussi essayé d'entrer au Nouveau Centre. Or, si cet afflux d'umpistes déçus ou en rupture de ban constitue un phénomène durable et continu, quel crédit peut-on accorder au projet néo-centriste d'incarner l'ancienne UDF ? (2)


(1) Quoique cela ne gêne pas Geneviève Moy et les membres de son groupe « UMP Marignane ». Notre ville a donc la particularité d'avoir deux groupes labellisés UMP, élus sur deux listes différentes, dans son conseil municipal.

(2) On notera également que Bruno Genzana, néo-néo-centriste, dirige le groupe "Agir pour le 13" au Conseil Général... groupe dans lequel Daniel Simonpieri siège... sic




vendredi 5 juin 2009

Des bruissements de la médiasphère : quand Bayrou lit Cohn-Bendit

Pour qui n'a suivi que la fin de l'émission « A vous de juger », le réveil a été surprenant. Sur Europe 1, pêle-mêle, on annonce que François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit se sont insultés, que le président du MoDem « a pété les plombs », qu'il n'a parlé que de lui-même. Curieux, curieux. A partir de 22 heures 20, FB paraissait calme, plutôt précis sur la Turquie et les valeurs de l'Europe. Incisif sur les sondages. Plutôt du bon Bayrou (certes, on l'a connu plus à l'aise, mais la campagne a été longue) qui a parlé d'Europe.

Il a donc fallu recourir au streaming pour voir de quoi il retournait. Sur la longueur, on comprend ce qui se passe. Bayrou dénonce la connivence de DCB avec le président Sarkozy et cite un échange ayant eu lieu au Parlement. DCB trouve l'argument ignoble et enchaîne en traitant Bayrou de « trop minable ». Qui s'énerve ici ? 

Bayrou répond sur le terme « ignoble » en disant que DCB a porté un certain nombre d'ignominies. Bayrou refuse dans un premier temps de dire ce qu'il vise, puis devant l'insistance du leader d'Europe-Ecologie, il évoque les écrits douteux de DCB dans les années 1970. Le débat se poursuit et Bayrou semble énervé mais pas spécialement hors-de-lui.

Le blog « Tout Bayrou » reproduit la dépêche AFP, où on apprend que DCB regrette lui-même les fameux écrits incriminés. Il y a donc consensus pour dire que c'est effectivement ignoble. François Bayrou a-t-il « pété » les plombs ? Non, il a seulement utilisé un argument hors-de-propos, on a glissé du politique au personnel, mais en tous les cas, il n'y a pas eu insulte ou diffamation. Les propos sont avérés et proviennent de DCB lui-même. C'était évidemment maladroit, mais de là à susciter un tel emballement de la médiasphère radio, télé, web, presse écrite... Le plus regrettable est que finalement en cédant à la provocation de Cohn-Bendit, François Bayrou ait donné du grain à moudre à tous les adeptes du Bayrou-bashing...

On en oublierait presque l'inanité de l'excuse du leader vert pour expliquer le fait qu'Europe-Ecologie réserve le gros de ses canonnades pour le MoDem, en quasi-synchronisation avec le Nouveau Centre et l'UMP. On oublierait presque l'hétérogénéité des listes Cohn-Bendit.

Un dernier mot sur l'émission (tant pis si on passe pour des bayrouistes paranoïaques...). L'émission n'était pas bonne. Arlette Chabot ne parvenait à mener le débats, le dispositif avec des petites tables ne rimaient à rien et facilitait la dérive vers la foire d'empoigne. Enfin, il était assez amusant d'entendre Brice Teinturier nuancer son sondage, expliquant qu'il ne révélait qu'une tendance qui demandait à être confirmée. On peut noter qu'il a oublié d'évoquer la marge d'erreur de 1 à 2 %. Devant donc la certitude (sic) incarnée par ce sondage, on n'était donc pas surpris de voir en immense sur le mur d'image « Cohn-Bendit devant Bayrou »... voilà pour la nuance. Bravo « A vous de juger » !




dimanche 31 mai 2009

Cavada et la réécriture de l'histoire

Il y a des mensonges qui surprennent. Certains diront qu'ils sont inhérents à une certaine pratique politicienne. On peut le déplorer, on peut aussi essayer de rétablir les faits. Jean-Marie Cavada a eu les honneurs du Monde le 27 mai dernier... nouveau SCUD de la majorité contre le MoDem et son président. Après tout, nous sommes en campagne, c'est le jeu. Mais autant ne pas le faire avec des contre-vérités pour ne pas dire plus.

Candidat sous l'étiquette Nouveau Centre, après avoir quitté le MoDem en novembre 2007, l'ancien présentateur de l'émission télévisée « La marche du siècle » a beau jeu de dire que celui qui a « découché » ce n'est pas lui mais François Bayrou, en « rompant l'alliance avec Nicolas Sarkozy entre les deux tours de la présidentielle de 2007 ». « Quand il nous a quittés, je l'ai plaqué », explique-t-il, en sirotant un jus d'orange, vendredi 22 mai dans un café du 16e arrondissement où il a ses habitudes.

Départ du Modem en novembre 2007, mais il est parti à cause de la rupture entre les deux tours (pourtant la campagne du premier tour n'avait pas été tendre non plus), c'est-à-dire entre fin avril et début mai. Diable, cela fait ? Voyons, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre... près de six mois entre les deux événements. « Quand il nous a quittés, je l'ai plaqué ». Jean-Marie Cavada pratique l'ellipse jusqu'au paradoxe spatio-temporel. Pourquoi avoir porté les couleurs de l'UDF-MoDem lors des législatives de juin 2007 alors, s'il n'était pas d'accord avec la ligne Bayrou ? Pourquoi s'être maintenu au deuxième tour contre un candidat de la majorité présidentielle, Henri Plagnol ?

Surtout (il est dommage que la journaliste n'ait pas relevé ce fait), pourquoi avoir organisé le forum des démocrates à Seignosse en septembre 2007 ? Il s'agissait de la grande réunion préparatoire au congrès de Villepinte. A moins de souffrir de schizophrénie, il est curieux de passer un été à organiser une réunion fondatrice pour un mouvement dont on n'apprécie pas la stratégie. Et encore, il faut attendre deux mois de plus et la préparation des municipales pour que l'euro-député affirme son sarkozysme...

Pourtant, M. Cavada l'affirme : ami de longue date du président de la République qui l'apprécie depuis « La marche du siècle » consacrée à la prise d'otages par « Human Bomb » dans une école de Neuilly-sur-Seine en 1993.

Difficile de cacher son opportunisme dans ces conditions. Jean-Marie Cavada n'a bizarrement pas rallié l'UMP (même s'il en a porté les couleurs lors des municipales parisiennes), ni le Nouveau Centre en novembre 2007. Pourtant, quand on se présente comme un centriste rallié au président Sarkozy, cela aurait du sens. Non, il a créé sa propre chapelle : Avenir Démocrate. Il a intégré l'EDLR au parlement européen, mais pas le PPE, où siègent l'UMP et le NC. Qu'à cela ne tienne, lors de ces Européennes, il est investi par le Nouveau Centre, sans y adhérer (du moins, rien n'indique le contraire). Ainsi, il pourra faire comme précédemment, si la soupe lui paraît meilleure ailleurs : quitter bruyamment un parti auquel il n'a pas adhéré. Il l'a déjà fait avec le Mouvement Démocrate. D'ailleurs, changera-t-il d'affiliation une nouvelle fois au Parlement européen après ces élections ? Après la circonscription et la liste...

Enfin, dans cet article, du haut de ses convictions si authentiques, Jean-Marie Cavada dénonce l'imposture de François Bayrou, coupable selon lui de poujadisme. Alain Minc avait déjà expliqué que le MoDem était maurrassien. On comprend donc que les sarkozystes vont faire tout l'éventail de l'extrême-droite française à travers les âges. Mais Cavada n'a pas encore adopté le style de sa nouvelle maison... Au Nouveau Centre, on accuse généralement Bayrou d'avoir basculé à gauche. 

« Tout ce qui est excessif est insignifiant » et qui voudra comparer le programme démocrate pour les européennes et la définition du poujadisme se rendra compte de la véracité de l'aphorisme de Talleyrand. 

A lire également le billet de générations engagées sur le même sujet.




vendredi 24 avril 2009

Des rentiers de la politique

L'entrée en campagne pour les élections européennes dans les grands partis s'avèrent plutôt laborieuses.

En février dernier, Vincent Peillon avait déjà montré son enthousiasme pour la circonscription sud-est. Sur Europe 1, il expliquait, en tenant « des paroles de vérité », qu'il s'agissait d'un « crève-coeur ». Un candidat qui se désole de solliciter le vote des électeurs, voilà une entrée en matière... inédite. Malgré les tentatives postérieures pour rattraper ce faux-pas, son parachutage n'en sortit pas grandi. Les scrutins de liste font jouer les appareils, ce n'est pas une nouveauté. Or, Monsieur Peillon est un homme d'appareil et il doit à celui du PS l'essentiel de sa carrière. Dans son interview de fin février, il y avait quelque chose de curieux dans l'auto-satisfaction d'un secrétaire fédéral qui s'approprie tous les succès socialistes récents en Picardie tout en escamotant ses deux défaites personnelles consécutives aux législatives. Il y avait quelque chose de gênant dans sa manière de faire porter la responsabilité de ses échecs sur les seules positions de son parti sur la chasse (sic). De même, comment comprendre la mise en avant de la rénovation (tous les élus n'ont qu'un seul mandat en Picardie grâce à lui) et sa défaite en 2007 aux législatives ? Sans doute son mandat européen, obtenu en 2004, ne l'intéressait qu'assez peu, comme le prouve son assiduité médiocre au Parlement de Strasbourg. 

Comment en arrive-t-on alors à ce parachutage ? La peur de la traversée du désert a, semble-t-il, soigné son déracinement picard (quoique le CNRS lui a déjà ouvert ses portes lors des années de disette électorale entre 2002 et 2004), et qu'importe le lieu du tant qu'il ait une place. Pourquoi est-il envoyé dans notre circonscription ? Il appartient à un courant minoritaire du parti, sa popularité personnelle en Picardie pose question et l'ancien tête de liste socialiste dans le Sud-Est, Michel Rocard, ne se représente pas. Ainsi, son éviction était compréhensible et son parachutage aussi... le Sud-Est étant une place-forte "royaliste"... Ou alors, s'il était réellement attaché à sa région, il pouvait rester dans le Nord-Ouest mais plus en tant que tête de liste... Curieusement, il n'a pas évoqué cette possibilité... plus inconfortable.

Pour faire écho à l'épisode Peillon, le ministre de la Justice vient aussi de prouver toute la profondeur de son engagement européen  . Après le déchaînement anti-Dati hier, les contre-feux ont été allumés... Alors, certes, l'extrait d'Europe 1 était particulièrement calamiteux, mais le sujet du Petit Journal, s'il apporte une nuance, n'invalide pas toutes les critiques. 

Pêle-mêle, les arguments à décharge sont les suivants : c'était un jeu, c'était de l'humour, c'était avec les Jeunes populaires. Certes, puisque c'est un jeu, on comprend mieux les rires et le caractère décousus du propos ministériel, mais pas sa faiblesse. Après des réponses valables et enjouées sur Rome et la Sagrada Familia, on reste confondu devant la nébulosité du propos sur l'énergie et plus encore sur le rôle de l'Europe. Quel est donc cet humour qui ressemble aux gloussements de l'élève pris en défaut ? Un petit sourire, des ricanements et on tente de masquer ses insuffisances. Drôle d'humour que de vouloir passer pour incompétent dans une campagne électorale ou de vouloir faire rire à ses dépens... Enfin, quand bien même ce jeu était-il organisé par le mouvement jeune de l'UMP, pourquoi ne pas avoir mis un peu de fond ? Une ambiance détendue n'implique pas nécessairement la vacuité du propos... ou alors faut-il comprendre que les Jeunes populaires ne méritaient pas mieux ? En la matière, il semblerait bien qu'une mauvaise cause n'ait pas de bons arguments. Si on réfléchit, on a plutôt l'impression que l'ambiance ludique et amusée désinhibe le ministre qui révèle son authentique impréparation sans y prendre garde.

Pourquoi mettre en relation ces deux épisodes ? M. Peillon comme Mme Dati ne sont pas des perdreaux de l'année en politique. Malgré leurs conseillers et le lissage de la communication, ils ont choisi d'entrer dans la campagne de manière, au mieux, désinvolte. Mais ils ne craignent rien car ce sont les bénéficiaires d'une rente politique. Même avec une mauvaise campagne et un score catastrophique (on dira inférieur à 20 %), le n°1 de la liste socialiste dans le Sud-Est et la n°2 UMP en Ile-de-France sont certains d'être élus. C'est là un des méfaits de la bipolarisation de la vie politique. Pour ces personnes, ces élections n'ont d'autre enjeu que de leur assurer une place et les luttes de pouvoir dans leur parti leur ont permis d'en avoir une. Electeurs, circulez, il n'y a plus rien à voir, ces gens sont déjà eurodéputés... On comprend pourquoi aussi bien à l'UMP et au PS on ne veut pas entendre parler d'un troisième pôle politique en France... Mais à trop considérer les choses comme acquises avant le vote, les Français pourraient montrer leur attachement à une véritable démocratie pluraliste ainsi qu'à des candidats plus soucieux de l'Europe et de leurs électeurs.