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vendredi 19 février 2010

Écologie et Démocratie : une chapelle écologiste de plus ?

Bob m'excusera de plagier un de ses titres récurrents mais, la tentation était trop grande à la lecture de la lettre du démocrate n°21. On y apprend en effet que l'eurodéputé Jean-Luc Bennahmias vient de créer un mouvement, « Écologie et Démocratie », avec une belle marguerite comme symbole (sic...). De quoi être saisi de vertige.

Je suis surpris que les quelques billets qui ont évoqué cette création dans la blogosphère démocrate se soient contentés de se féliciter de cette « création ». Des membres d'un mouvement, qui créent un autre mouvement, cela paraît curieux, d'autant que ce qui s'apparente, en définitive, à un courant a sa propre charte, son propre comité directeur... Cela est d'autant plus étonnant que le Mouvement Démocrate devait être unitaire. Lors de son tour de France en juillet 2007, François Bayrou nous avait même expliqué qu'en dépit de son amour pour l'ancienne UDF, il était hors de question de revenir à un mouvement confédéral ou d'envisager l'existence de courants. Selon lui, cela ferait perdre énormément d'énergie dans des rivalités internes (re-sic) au détriment du débat avec les autres forces politiques. Encore plus savoureux, le même Jean-Luc Bennahmias, lors d'un conseil départemental provisoire des Bouches-du-Rhône en 2008, avait même expliqué que le maintien de la structure autonome de Cap21 constituait, de fait, la reconnaissance d'un courant ce qui était contraire à la vocation unitaire du Mouvement Démocrate.

En deux ans, les choses ont bien changé semble-t-il. Qu'est-ce donc que ce courant ? Si on consulte la composition du comité directeur surtout dans son abondante composante bucco-rhodanienne, on devine qu'il ne s'agit pas d'un think tank. La lecture de la fameuse charte  en donne la confirmation : quelques poncifs gaucho-verdâtres, quelques bons sentiments démocrates, le convenu le dispute au banal. Selon le site de la Fédération, on apprend qu'elle « est ouverte aux discussions avec tous les démocrates, laïcs et républicains et soutient en ce sens l’initiative du Rassemblement initiée à Marseille et Dijon ». Si on ajoute le fait que notre cher euro-député veut donner donner de la visibilité aux écologistes du MoDem (et que son tout nouveau logo apparaît sur les tracts MoDem pour les régionales), les choses s'éclaircissent...

Ce ne sont que des hypothèses, mais il peut y avoir trois explications à l'officialisation du réseau Bennahmias au sein du MoDem (car, pour l'avoir côtoyé, je peux vous dire qu'il ne date pas du 16 février 2010, et qu'il a déjà prouvé sa grande et retorse capacité à manœuvrer). Ces différentes suppositions ne s'excluent pas mutuellement d'ailleurs.

Tout d'abord, les relations entre CAP21 et les Verts ralliés n'ont jamais été bonnes. Corinne Lepage prenant du recul, fondant Terre Démocrate avec visiblement l'intention d'en faire un parti (du moins le processus était le même lors de la création de CAP21), le MoDem n'avait plus d'alibi écologiste. Cela est d'autant plus vrai que les verts ralliés ne bénéficient pas d'une grande notoriété (pour avoir tracté pendant les européennes, je peux vous certifier que même Bennahmias n'est pas connu en dehors des gens qui s'intéressent vraiment à la politique). Au moins, avec un joli logo avec Écologie en vert, ils doivent espérer grapiller quelques voix qui se sont portées sur Europe Écologie en 2009. Je doute cependant que cette manœuvre soit très efficace... Europe Écologie, les Verts, l'Alliance Écologiste Indépendante, Génération Écologie, le Mouvement Écologiste Indépendant, CAP21, les nouveaux écologistes du Trèfle et j'en oublie sans doute, il y a déjà une offre pléthorique en la matière.

Deuxième visée, ce serait une tentative pour circonvenir les agissements futurs de Corinne Lepage. Depuis le temps qu'elle réclame un rapprochement écolo-démocrate, la fondation d'Écologie et Démocratie semble vouloir lui couper l'herbe sous les pieds... Pas la peine d'aller à Europe Écologie, les écolo-démocrates, c'est nous...

Troisième possibilité, la création de ce courant ne viserait qu'à préparer un retour dans le giron de la gauche plurielle ou arc-en-ciel (que la clique de Bennahmias n'a jamais vraiment quitté). Rien de plus facile une fois que l'on a une structure de changer d'affiliation. Le soutien affiché au rassemblement peillonisé (alors que l'initiative a pour l'instant fait un flop) le laisse croire. Le Mouvement Démocrate paraît nettement moins porteur en 2010 qu'en 2007 et certains « amis » de Bennahmias regrettent d'avoir misé sur le mauvais cheval. L'éventualité d'une scission me paraît d'autant plus forte que ce processus n'a jamais déchaîné l'enthousiasme du leader orange. D'ailleurs que pourrait-il en retirer alors que les échéances présidentielles s'approchent ? La convergence entre les centristes et la gauche a déjà échoué en Italie. S'il s'agit d'appliquer le modèle italien du Parti Démocrate (qui aurait inspiré dans une certaine mesure la création du MoDem puis les agissement de Peillon), autant s'économiser la création d'un grand machin inefficace. Il est d'ailleurs savoureux qu'Écologie et Démocratie invoque le patronage de Francesco Rutelli, en le présentant comme vice-président du parti démocrate italien, alors qu'il a démissionné depuis quatre mois, alors que le destin de son nouveau parti, l'Alliance pour l'Italie, le conduit plutôt à un rassemblement avec les centristes démocrates-chrétiens de l'UDC.

Décidément, je ne vois pas la dynamique insufflée au MoDem par la création de cette énième chapelle écologiste. Les régionales révèleront sans doute la véritable intention de ses promoteurs.

mercredi 4 novembre 2009

La double tragédie du Centre (3)

Troisième volet de ce bilan à propos du positionnement tactique du Mouvement Démocrate, après l'échec dans l'édification d'un parti unitaire et celui de l'élaboration d'une synthèse humaniste.


De cette diversité et de ces atermoiements naît un malaise quant au positionnement tactique du Mouvement Démocrate. Le 22 avril 2007, François Bayrou affirmait que la France avait enfin un centre. Dans son article de Commentaire, il appelle à un dépassement de ce terme, tout en voulant en conserver son héritage. Combien de fois ai-je entendu des propos moqueurs voire infamants sur le Centre et le Centrisme dans la bouche de « démocrates » ? Ni à droite, ni à gauche, ni au centre, nous sommes alternatifs (phrase à peu près exacte tirée d'un Conseil départemental provisoire des Bouches-du-Rhône). La semaine dernière encore, à propos de ses rapports avec la gauche, François Bayrou affirmait être au centre... Alors qu'à la Grande Motte, Jean-François Kahn traînait dans la boue le concept (repris il y a peu par Corinne Lepage). Certains affirment que la position du MoDem est au centre-gauche, sans véritablement définir le contenu... On dirait même un décalque du centre-droit vieille forme où la détermination du centre ne passe que par ses alliés et non pas par son corpus programmatique. On a aussi entendu cet été l'expression de centre progressiste. Il est curieux d'aller chercher un terme du vocabulaire de la gauche pour définir son originalité intrinsèque. « Or, chaque fois qu'on accepte la langue de ses adversaires, d'une certaine manière on a perdu d'avance ». Bayrou le disait lui-même en 2007 (Commentaire n°117, p.722). Peut-être avait-il à l'esprit le Parti du Congrès indien, mais ce serait oublié que derrière les mesures sociales de Sonia Gandhi, il y a aussi les réformes libérales de Manmohan Singh. C'est dire si une nébulosité très dense enserre le Mouvement Démocrate.

Cette imprécision a eu une illustration éclatante cet été. Corinne Lepage voulait siéger avec le groupe écologiste au Parlement Européen, tandis que le PDE était décapité par le départ des anciens de la Marguerite italienne au PSE. Sagement, François Bayrou a préféré demeurer dans le groupe libéral... pour qu'à la fin de l'été, on nous explique doctement qu'il fallait faire émerger le camps de l'alternance au pouvoir sarko-umpiste. Mais les mains tendues successives au PS et à Europe Écologie ont reçu une fin de non recevoir ou presque. L'image du parti n'est qu'un peu plus écornée : triste scène que de voir les leaders oranges faire la danse du ventre devant la gauche pour sauver quelques élus tout en voulant préserver les apparences d'un dialogue politique digne. 

Un quatrième échec électoral serait lourd de conséquences. Les premiers sondages donnent le MoDem péniblement à 7 %, voire moins. Impossible de se maintenir au second tour mais la fusion est possible à ce niveau. Avec qui ? Surtout pas l'UMP, considérée comme un bloc... mais avec la gauche. Du moins, la gauche que l'on apprécie : Peillon et ses amis pour le PS (qu'on aura tôt fait de rebaptiser socio-démocrates pour montrer l'évidente proximité avec eux, même si cette appellation en France est parfaitement vide de sens), ou bien Europe Écologie (mais pas trop les Verts, un ramassis de gauchistes... qui en plus ne nous apprécient pas). Le problème réside dans notre position de faiblesse pour aborder ces discussions de second tour, d'autant que la possibilité d'union dès le premier a été très sérieusement envisagée. La posture d'indépendance annoncée il y a quelques jours s'apparente à un pis aller... De l'autre côté, il reste une nostalgie de la gauche plurielle, ou plutôt de sa logique. Et au second tour, après l'évidente entente PS/EE, entre le Front de Gauche et le MoDem, leur cœur risque de ne pas balancer longtemps. Comme il a déjà été dit au PS, on peut récupérer les voix sans faire des montages électoraux complexes. Les voix démocrates, oui, les élus démocrates, non. De plus, ce positionnement (autonomie au premier tour, alliance à gauche au second) expose le parti à un triple écueil : les électeurs de centre-droit (un reliquat UDF ?) pourraient se réfugier dans un vote Nouveau Centre ou Alliance centriste, les centristes extrêmes ne plus se déplacer, du fait de l'abandon objectif de la ligne d'indépendance et les électeurs de centre-gauche opter pour un vote utile à gauche dès le premier tour. Je ne crois plus aux vertus soudaines de la réflexion démocrate qui permettrait par un programme novateur d'emporter l'adhésion des masses (si l'électorat se déterminait seulement sur les programmes, depuis le temps, on le saurait). D'autres s'abusent en imaginant une troisième voie Modem/Europe Écologie... l'écologie n'étant ni de droite, ni de gauche... ce n'était déjà pas vraiment une science, alors en faire une idéologie, c'est assez scabreux... 

Ainsi, l'état actuel du MoDem donne raison à Jean-Louis Bourlanges. Dans sa lettre sur le centrisme (publiée elle aussi dans le numéro d'automne 2007 de Commentaire) et dans son discours au dernier conseil national de l'UDF, il annonçait tous les écueils sur lesquels le MoDem s'est fracassé au cours de ces deux dernières années. Les arguties démocrates actuelles pour justifier le nouveau positionnement tactique du Mouvement constituent un monceau de spéciosités. J'en veux pour preuve ces morceaux choisis :

« Sommes-nous voués, comme citoyens, à n'avoir le choix qu'entre deux options politiques, l'option néo-conservatrice ou l'option archéo-socialiste, alors que nous croyons qu'elles sont toutes deux erronées et promises à l'échec parce que ne répondant ni à l'attente des citoyens ni à celle des temps. » (Commentaire n°119, p.721)

« Le projet démocrate est gravement en contraste et en opposition avec le projet socialiste » (Commentaire n°119, p.729)

Il ne m'a pas semblé que le PS ait bouleversé sa ligne au point d'infirmer ces déclarations.

Après deux ans de militantisme actif au sein du MoDem, il me semble que les raisons qui ont présidé à mon engagement ne sont plus. Le Mouvement Démocrate n'est pas (plus ?) une formation qui cherche à constituer une troisième voie qui dépasserait les impasses du socialisme ou du libéralisme conservateur en sublimant l'héritage des centres en France. Ou, si j'ai mal compris et que cela demeure effectivement l'objectif final dans les hautes sphères du MoDem, les moyens mis en œuvre ne me paraissent ni adaptés, ni justifiés, ni mêmes opératoires. Je n'ai pas renouvelé mon adhésion et ne trouve aucun argument valable pour le faire. 

La pensée de François Bayrou demeure intéressante à plus d'un titre. L'offre politique du Mouvement Démocrate peut s'avérer ponctuellement la meilleure (ou la moins mauvaise), mais pour consacrer, avec sincérité et abnégation, une partie de son existence à la chose politique, il faut davantage qu'une adhésion de surface. 


mardi 3 novembre 2009

La double tragédie du Centre (2)

Première partie de ce bilan ici.


Le problème de l'hétérogénéité du Mouvement Démocrate s'est posé avec d'autant plus d'acuité que la ligne « idéologique » (ou programmatique, ce terme devrait être plus juste...) n'a jamais été clairement fixée. Certes, des bases ont été posées à Seignosse, à Villepinte, au Cap Estérel... mais force est, à nouveau, de constater que le Mouvement n'a jamais tranché véritablement sur son identité. Il suffit de lire les propositions du parti sur le site officiel ou sur les blogs démocrates pour se rendre compte qu'on procède toujours par accumulation. Être démocrate, c'est être humaniste, solidaire, écologiste (ou pour le développement durable, voire pour le développement soutenable), un peu libéral (mais pas trop)... Cela cache mal la faiblesse du mot démocrate pour distinguer une famille politique. Il ne viendrait à l'esprit de personne de dire que ceux qui n'appartiennent pas au MoDem ne sont pas pour la démocratie. Ce terme n'a aucune épaisseur historique ni une singularité véritable en France, au contraire des États-Unis. Et pour l'instant, François Bayrou a échoué à lui donner un contenu positif. Il y a des idées souvent bonnes dans Projet d'espoir, dans Abus de pouvoir, dans les ouvrages de Jean-François Kahn, de Marielle de Sarnez ou de Corinne Lepage. Mais on saisit mal la cohérence d'ensemble, la racine commune. La diversité a ses vertus, encore faut-il qu'elle soit un tantinet ordonnée.

L'article fondateur « Du Centre au projet démocrate » paru dans Commentaire à l'automne 2007 constituait une première ébauche. Avec le recul, il s'apparente en fait à un point d'orgue de la réflexion démocrate. Au lieu de subsumer la diversité des aspirations démocrates, le discours du mouvement s'est effiloché en thèmes voire interprétation différents... Les positions dissonantes de Cap 21 en sont une expression. Surtout, certaines affirmations ont été oubliées. La critique de l'État thaumaturge a disparu de la ligne officielle. L'allusion à une Europe Fédérale a été largement minorée au cours de la dernière campagne. Faites l'expérience suivante : lors d'une réunion du Mouvement Démocrate, reproposez certaines idées du programme présidentiel de 2007. On vous traitera « d'UDF de droite » (ce qui pour ces personnes revient à un pléonasme, et oui pour certains, le MoDem devait – doit – servir à la rénovation de la gauche). De telles divergences rendaient d'autant plus illusoire la constitution d'un parti unitaire. La publication récente du document de travail pour le congrès d'Arras ne me fait pas varier dans cette appréciation. On empile les valeurs, mais on cherche l'épine dorsale qui expose de manière éloquente la singularité de notre famille de pensée. Dans son article de 2007, malgré les allusions au rapport entre hasard et nécessité ou au culte de l'argent, François Bayrou n'évoque plus la référence démocrate-chrétienne, lui qui en a été un défenseur au CDS... Le recours à la notion d'humanisme pouvait constituer comme en Belgique un moyen de séculariser ce corpus d'idées... Mais là où le cdH (Centre démocrate humaniste) wallon est capable de produire des textes comme Le sens du politique de Laurent de Briey, qui pose ce qu'est fondamentalement l'humanisme démocratique, le Mouvement Démocrate ressasse les mêmes références éparses entre Marc Sangnier, Montesquieu et des mots d'ordre « écologistes » (liste non exhaustive bien évidemment).

Certains exciperont alors la vieille antienne sur la jeunesse du mouvement, sur le caractère profondément novateur de la synthèse « démocrate ». La lecture de l'ouvrage de Marie-Nelly Denon-Birot De la démocratie chrétienne à Force Démocrate (1) vous ouvrira les yeux. Dans les pages 187 et suivantes, cet auteur reproduit la charte des valeurs de Force Démocrate (créée en 1995). La confrontation avec l'article de Bayrou de 2007 s'avère éloquent. Tout y était déjà. Dans le même ordonnancement ou presque, écologie y compris... (à l'époque le rôle de CAP21 et des quelques verts ralliés devait être tenu par Génération Écologie). Le Mouvement Démocrate n'est pas une innovation, c'est une redite amplifiée. Cependant, là où Force Démocrate a sombré à partir de 1997, le contexte électoral de 2007 nous a fait croire que ce pari pouvait être réussi. En vain. La définition d'un humanisme démocratique à la française, en près de quinze ans, n'a pas progressé. L'empilement de valeurs vaguement définies permettent toutes les interprétations qui, de fait, cohabitent difficilement dans un parti unitaire.


(1) Marie-Nelly Denon-Birot, De la démocratie chrétienne à Force Démocrate, L'Harmattan, Paris, 2000, 206 pages.

lundi 2 novembre 2009

La double tragédie du Centre (1)

Ce qui suit est issu de la fusion de plusieurs idées de billets, restés à l'état de brouillon. Du fait de sa longueur, il a été divisé en quatre. En voici le premier volet.


Les prises de position actuelles des différents partis issus du Centre permettent de tirer un bilan des deux années qui ont suivi l'adhésion de l'UDF au Mouvement Démocrate. 

En 2007, deux tendances se sont dégagées dans la famille centriste : une proclamant la nécessaire indépendance du Centre pour perturber le fonctionnement bipolaire du système électoral français, l'autre affirmant la nécessité de rester arrimé au grand parti de droite pour exister.

François Bayrou a porté avec panache l'idée d'un Centre indépendant. La tenue programmatique de la campagne présidentielle et le score du premier tour ont soulevé un enthousiasme certain, identifiable à une vague nouvelle d'adhésions. Enfin, le centre français affichait son indépendance face au RPR. De quoi sauter le pas de l'engagement politique pour les sympathisants UDF, mal à l'aise devant la vassalisation de la famille centriste jusque là. Deux ans après, force est de constater que cette entreprise a fait long feu. L'échec, me semble-t-il, porte sur trois aspects : la structure partisane, le déficit idéologique et le positionnement stratégique.

Pour qui a assisté à des réunions MoDem au début de l'été 2007 (dans les Bouches-du-Rhône et sans doute ailleurs), il y avait de quoi être médusé. Naïvement, j'avais cru que la nouvelle structure consistait à élargir l'UDF libre. En fait non. La plupart des nouveaux adhérents voulaient en finir avec l'ancienne structure UDF et ses cadres. Leur entrée récente en politique ou le départ de leur précédente formation fondaient, en soi, leur légitimité. Un élu UDF (même fidèle à la ligne Bayrou) incarnait nécessairement une politique du passé, une subordination aveugle ou latente à la droite et un refus de pratiques authentiquement démocratiques que le nouveau parti devait porter. Ici bas, c'était l'anarchie et des engueulades interminables. Simple crise de croissance ? Non, docteur, c'était pire. François Bayrou avait réussi a faire une campagne populaire sans les dérives basistes du protocole mis en place par Ségolène Royal... Or, mutation curieuse, l'élection présidentielle passée, le MoDem a été submergé par une vague basiste. Le petit et le sans grade se trouvaient beaucoup plus légitimes qu'un élu, un cadre ou un responsable au seul prétexte qu'il était nouveau sous la bannière orange.

Il me semble donc que le départ des députés UDF a fait beaucoup plus de mal au nouveau mouvement que prévu. J'ai ici un désaccord avec l'excellent Bob qui sur son blog affirmait récemment : « La différence c'est peut-être aussi que Bayrou a une responsabilité dans ce qu'est aujourd'hui le NC, alors que les fondateurs du NC n'en ont aucune dans la situation actuelle du MoDem. » Et bien non, le départ des députés a décrédibilisé la volonté d'indépendance de l'UDF libre aux yeux des nouveaux soutiens de François Bayrou. Finalement, cette UDF-là, c'était bien la droite et que la droite... De plus, cela a décapité une partie des fédérations, contribuant un peu plus au bazar démocrate. Au cours de cet été 2007, le mouvement naissant a été plongé dans une forme d'anomie. Seignosse n'ayant rien tranché, la tardiveté du congrès de Villepinte (sans doute due à des difficultés matérielles) n'a pas arrangé cet état de fait... Surtout que les premières véritables élections du nouveau mouvement (les législatives n'étaient qu'une forme de redite par rapport aux présidentielles), les municipales, se préparaient déjà... Ces élections ont révélé une chose : comme toutes les familles politiques, les démocrates avaient attiré à eux un ensemble hétéroclite d'arrivistes, recherchant une étiquette porteuse pour satisfaire leur soif de conquête électorale. En dehors du président-fondateur, il n'y avait pas, localement, d'autre instance de légitimation. Tout était permis ou presque. Au lieu d'appliquer des statuts et de respecter des règles, on a vu se développer des réseaux plus ou moins informels, issus d'anciennes allégeances... Ne t'inquiète pas, j'ai eu untel au téléphone, j'aurai l'investiture... Avec de telles pratiques, il n'est pas étonnant qu'il y ait eu des étincelles entre nouveaux adhérents et structure UDF restante. Les Bouches-du-Rhône en ont donné un exemple tristement célèbre... Pour Arles et Marseille, les anciens UDF furent désavoués au profit d'anciens verts : il fallait montrer le visage d'un parti rénové. Après tout, soit. Mais ce maelström, dans ce contexte, a été très mal géré (pouvait-il en être autrement ?). Il a fait éclater au grand jour l'ambiance de guerre civile qui régnait dans le mouvement. Finies les envolées lyriques, bienvenue à la politicaillerie de bas étage. Un mouvement unitaire ? Non, plutôt une armée mexicaine... Les défaites se succédant, l'enthousiasme est retombé. La constitution des mouvements départementaux n'a pas arrangé la situation. Au contraire, elle a été l'occasion de solder les comptes après les municipales. Le militant orange s'est fait plus rare lors de la campagne européenne... et il y a fort à parier que la situation ne sera pas meilleure pour les régionales. Ceux qui voudraient réduire ce phénomène à un simple effet de mode qui s'estompe se trompent. Il y a surtout eu une profonde désillusion de voir que, pour beaucoup, les ennemis du MoDem se trouvaient déjà dans le parti et qu'il fallait les marginaliser. En définitive, les difficultés de construction du MoDem ont largement résidé dans cette difficile quête de légitimité des adhérents et dans sa reconnaissance par les autres, en dépit du travail d'une armée de médiateurs...

Le choix, justifié dès 2007 par François Bayrou, d'un mouvement unitaire a ainsi obéré le développement de notre famille politique. En juillet 2007, à Marseille, le leader orange avait expliqué ce choix : il ne fallait pas réitérer les erreurs de l'UDF confédérale et ses chicaneries perpétuelles. Il est vrai que faire l'histoire de l'UDF « giscardienne » de 1978 à 1998, c'est porter le regard sur des luttes continues de préséance entre grandes et petites formations, entre les démocrates-chrétiens et les libéraux. Mais, en définitive, le Mouvement Démocrate « unitaire » a-t-il fait mieux ? Au bout de deux années, on trouve le même bazar, les succès électoraux en moins. La famille centriste (ou centripète) est trop diverse pour être enfermée dans une construction monolithique. Le génie de Giscard était de l'avoir compris, l'orgueil de Bayrou a été de vouloir s'en affranchir. L'enthousiasme de 2007 nous a aveuglé sur la profonde hétérogénéité et l'irréductibilité de l'électorat bayrouïste.

jeudi 24 septembre 2009

Vous avez dit "large rassemblement" ?

Dire que j'ai des doutes sur la ligne tactique du MoDem depuis août dernier (alliance à gauche à l'exclusion de tout autre partenaire pour former l'alternance) procède de l'euphémisme. Au-delà de mes convictions personnelles, il me semble, empiriquement, que cette façon de faire n'est pas efficace et contribue au délitement du Centre en France.

Aux municipales partielles d'Aix-en-Provence, de Perpignan ou d'Hénin-Beaumont, les listes Gauche/MoDem ont échoué. Récemment, plusieurs résultats de cantonales partielles (une élection plus politique, où l'étiquette joue un plus grand rôle) sont proprement catastrophiques : Argenteuil-Est 2,24 % pour le candidat MoDem, sixième canton de Nice 2,92 %. Dans ce cas, la candidate de l'Alliance centriste parvient même à faire mieux (3,35 %)...

Aussi, il y avait de quoi être surpris en lisant la Provence du 23 septembre. Le délégué départemental de la Fédération des Bouches-du-Rhône, Christophe Madrolle, nous explique que « les dernières élections de Briançon ont démontré qu'un large rassemblement, de la gauche au MoDem, était une stratégie qui se révélait payante ». Dont acte, mais avant cela, croisons les sources d'information.

Rien sur le blog MoDem des Hautes-Alpes... La liste gagnante étant celle de M. Fromm, un petit tour sur son site de campagne s'impose... Une belle guirlande d'étiquettes des Verts au NPA en passant par le PS, le PCF et Europe décroissance... mais du Mouvement Démocrate, pas la moindre trace, sauf peut-être la couleur orange. Parmi les co-listiers, sauf erreur (ou absence de mise à jour) rien non plus. Le candidat du MoDem, Michel Sylvestre, qui a perdu 4 % entre deux municipales, ne dit rien sur son blog qui ne fait même pas apparaître le logo du Mouvement. On peut à peine lire un communiqué du 21 septembre pour accuser la candidate UMP d'avoir précipité sa défaite en refusant de le rencontrer. Rien sur une éventuelle fusion. Et pour cause, il n'y en pas eu... Pas même une consigne de vote...

La presse parle d'une victoire de la gauche et rien d'autre. Il n'y a pas à dire : la stratégie du grand rassemblement a été payante... pour la gauche. Le MoDem, lui, n'a obtenu aucun élu ni aucune concession sur le programme municipal. Un bel exemple porteur d'espérance pour l'avenir, à n'en pas douter...

Décidément, le crapaud est frit...

jeudi 17 septembre 2009

La communication du MoDem 13 – Mieux vaut moins mais mieux...

À quelques jours d'intervalle, la présidence collégiale du MoDem13 s'est signalée par une communication que d'aucuns pourraient trouver, au moins, discutable.

Première sensation curieuse à la lecture du communiqué de presse tombé dans ma boîte mail lundi dernier(1). Voici :

Hortefeux, le ministre de la honte

Le MoDem des Bouches du Rhône dénonce fermement les propos racistes tenus par le ministre Brice Hortefeux. Nulle personne de bonne foi ne peut sincèrement croire aux explications alambiquées du ministre. M. Hortefeux a démontré, s’il en était besoin, qu’il n’avait rien à envier au Front National et que le racisme ordinaire est bien ancré dans l’esprit de ceux qui nous dirigent aujourd'hui. Nous rappelons que les propos racistes sont un délit dans notre pays 

   Le MoDem n’oublie pas que Marseille a été aussi libérée par des français venus d’Afrique qui ont versés leur sang pour que nous puissions aujourd'hui vivre libre et nous exprimer…..au risque de se voir salir par un  ministre de la république.


Saïd Ahamada

Vice président et porte parole du MoDem des Bouches du Rhône


Après avoir appris que la présidence collégiale avait été considérablement élargie (pourtant, il y avait déjà sept personnes...), on découvre que la fédération des Bouches-du-Rhône a un porte-parole. C'est toujours une bonne chose de se structurer, quoique...

La gestion du temps s'avère désastreuse. Oui, les propos du ministre sont navrants, mais tout le monde l'a déjà dit (en dehors de la droite UMPiste) et ce communiqué n'apporte rien (2). Le nouveau porte-parole se paie même le luxe d'ajouter une balourdise supplémentaire en évoquant la libération de Marseille en 1944... Ces faits changent-ils la nature des propos de Brice Hortefeux ? Et quand bien même Marseille aurait été libérée par les seuls Américains en 1944, cela absoudrait-il le ministre de l'Intérieur ? Non. On aurait pu, par contre, mettre en avant le facteur aggravant de la communication de crise de la place Beauvau. En plus des propos tenus, on a pris les électeurs pour des idiots en affirmant qu'il parlait des photographies ou des auvergnats. Cela rappelle presque un sketch des Inconnus. Interdit de rire...


Deuxième sensation curieuse aujourd'hui avec la déclaration du co-président et du délégué départemental du MoDem 13 (exit le porte-parole) à propos de la phrase de Jean-Claude Dassier sur sa présidence à l'OM qui ne sera ni « à la libanaise, ni à l'africaine ».

« Après les propos de Brice Hortefeux, ceux de Jean-Claude Dassier sont complètement déplacés et insultants pour Pape Diouf. Nous tenons à rappeler que Marseille est une ville multiculturelle, d'accueil, de solidarité et d'espérance ».

Peut-être y avait-il une intention malveillante de la part de Jean-Claude Dassier, mais il y a fort à parier, en l'occurrence, que cela concerne avant tout une rivalité d'ordre personnel. Et puis surtout, la déclaration n'est pas si absurde en soi. Le contraste entre la présidence libanaise, constitutionnellement faible et les présidences africaines, assez peu souvent démocratiques (voire autoritaires), paraît signifiant. Certes, cette déclaration, dans un contexte sans doute tendu (ce qui expliquerait la fuite), est malheureuse, mais fallait-il politiser cette affaire ? Le fait que Marseille soit « une ville multiculturelle » change-t-il quoique ce soit au fait qu'en dehors des pays comme le Ghana, l'Afrique du Sud ou le Sénégal, les états africains relèvent rarement de la démocratie libérale et pluraliste ? Les marseillais, quelle que soit leur origine, le savent.  

La communication constitue une dimension obligée de l'action politique, mais encore faut-il le faire à bon escient. Entre suivisme et politiquement correct éculé, on cherche la pertinence et surtout l'originalité de ces dernières déclarations.

(1) À ce propos, malgré la date qui figure aujourd'hui sur le site de la Fédération (le 12 septembre), le communiqué n'y figurait pas lundi dernier, 14 septembre...

(2) Sauf erreur de ma part, le site national n'a pas jugé bon de faire apparaître de communiqué spécifique à ce sujet.

mercredi 26 août 2009

Echo d'Italie : ici aussi le crapaud frit (ou presque)...

A ceux qui s'étonnent du titre de ce billet, on ne peut que conseiller la lecture de l'entrevue donnée par Francesco Rutelli en juillet dernier et qui faisait suite au ralliement du Parti Démocrate italien au PSE à Strasbourg.

[Un petit aparté à ce sujet. Les socialistes européens, toujours prêts à la boursouflure nominale, ont nommé leur groupe du doux nom d'Alliance progressiste des Socialistes et des Démocrates au Parlement Européen... sans doute que la première possibilité d'ASDE évoquée par Dario Franceschini s'avérait trop proche de l'ALDE, rempli de « sauvages néo-libéraux »... et accessoirement des six députés du Mouvement Démocrate... Or, APSDPE, ce n'est plus un sigle mais un cousin de la grippe porcine, du coup, ils n'ont rien trouvé de mieux que de le syncoper en S&D... heureusement qu'il y a l'esperluette, mais le moins que l'on puisse dire, est que l'initiative s'avère malheureuse... Amnésie ou inculture, dans les deux cas, on ne peut manquer d'être surpris.]

Selon Francesco Rutelli, le projet démocrate glisse vers une simple rénovation de la gauche, fut-elle réformiste, alors qu'initialement, il s'agissait de s'affranchir des clivages traditionnels, de proposer une voie nouvelle. On entend souvent dire que l'Italie est le laboratoire des idées politiques en Europe. Force est de constater qu'au-delà des Alpes, l'exemple italien rencontre un certain écho.

Si le discours de Marielle de Sarnez a constitué un catalyseur, ce billet nous trottait dans la tête depuis le mois dernier. Certes, depuis la campagne de 2007, le discours de François Bayrou a toujours proclamé la nécessaire convergence de personnes de droite et de gauche autour du projet démocrate pour sortir la France de l'ornière. Or, les derniers signes donnés par le Mouvement manifestent une certaine hémiplégie.

La campagne des Européennes a constitué une triste illustration de notre échec à jouer la carte de l'opposition systématique. La politique sarkozyenne n'aide pas à la nuance, il est vrai, mais en affirmant qu'il devait se montrer moins « batailleur », François Bayrou a lui-même reconnu cette impasse. Suite aux élections européennes, des municipales partielles ont eu lieu notamment à Hénin-Beaumont, Perpignan ou Aix-en-Provence. Chaque contexte est particulier, mais systématiquement, le Mouvement Démocrate a fait liste commune avec la gauche (PS, Verts, divers gauche selon des alchimies souvent originales), et ce dès le premier tour. Il ne s'agit pas de juger ici le bien-fondé de ces choix, mais de s'interroger sur le message qui a pu être localement reçu par l'électorat.

A Aix, la liste commune s'est faite sur les cendres encore chaudes du centre-gauche local incarné par la liste Pezet en 2008 (PS dissident et PRG), alors que, pour des observateurs extérieurs comme nous, elle représentait encore un partenaire souhaitable (1). Entre les deux tours, le ralliement de la liste divers droite (à l'anti-joissinisme irréprochable) n'a pas donné lieu à une fusion. Résultats : il y a un seul groupe d'opposition au Conseil Municipal pour le PS (le même qui refusait catégoriquement un an plus tôt de se mêler avec des centristes), le MoDem et les Verts. Le plus troublant dans l'échec local de cette stratégie est que le message officiel a été de se gargariser d'une alliance qui a fait vaciller l'UMP local. On aurait aussi pu remarquer que la liste Joissains n'avait pas atteint pareil score relatif lorsque le Centre restait indépendant, comme en 2008 (2).

Toutefois, des alliances à gauche ont déjà eu lieu par le passé et rien dans notre ADN centriste ne l'interdit... a ceci près que dans nos racines, il y a(vait) aussi l'indépendance, le fait que le MoDem était alternatif à un système obsolète. Ici, on ne perturbe pas le système, on obéit à sa logique : une majorité et une opposition. D'aucuns trouveront qu'il s'agit simplement d'une concession au principe de réalité (surtout après des échecs répétés), d'autres que certains ont entamé la route vers Canossa annoncée par Jean-Louis Bourlanges dès 2007. Les signes se sont multipliés à ce sujet. Le co-président de la Fédération locale a même affirmé en son temps que l'élection d'Aix n'était pas anodine pour l'avenir national du Mouvement, qu'il s'agissait d'une expérimentation (en vue d'une prochaine duplication ?). Dans le même temps, un Vice-Président local, appelle à l'élaboration d'un nouveau logiciel politique afin que tous les progressistes (oui oui, comme au Parlement Européen) se réunissent. There's something in the air...

La présence de Marielle de Sarnez à Marseille (et celle de Jean-Luc Bennahmias) ne constitue pas une surprise. Elle était annoncée de longue date (de l'utilité d'avoir un PS local royaliste). D'autres ont déjà abondamment glosé sur le virage complètement à gauche du MoDem ou au contraire sur un non-événement monté en épingle par les contempteurs de la cause orange. On se contentera donc ici de traiter du signe qui a pu être reçu.

Marielle de Sarnez incarne le Mouvement à peine moins que François Bayrou lui-même. Elle est sa plus proche collaboratrice, la fidèle parmi les fidèles... Sa parole a du poids. Aux minutes 5 et 7, elle évoque clairement un rapprochement sur les valeurs (par la communauté dans l'opposition au pouvoir sarkozyste) mais aussi tactique (pour faire triompher l'opposition, il ne faut pas aller les uns sans les autres). Elle le fait alors qu'elle est invitée par des socialistes qui désirent une alliance entre le MoDem et le PS (l'événement inverse aurait eu une toute autre signification). Il ne nous semble pas que le courant « L'espoir à gauche » ait annoncé sa volonté de sécession. La photographie qui a fait le tour de la presse et du web délivre un message évident : un communiste réformateur, deux socialistes (sociaux-démocrates ?), une radicale de gauche (façon Walwari), un écologiste et deux démocrates... En somme, une Unione à la française...

Si on ajoute à cela le discours de Jean-Luc Bennahmias qui affirme l'impossibilité d'une alliance avec la droite et que ces ateliers marquent le début d'un processus, on comprend que tous ces faits convergent. On peut se demander si, pour l'électorat, le Mouvement Démocrate se différencie encore du reste de l'opposition parlementaire.

Comme le crapaud dont on augmente progressivement la température du bain, la perspective du Mouvement Démocrate semble obliquer. D'un parti strictement indépendant, au centre de la vie politique, on s'achemine vers une nouvelle bipolarisation de l'échiquier politique français où, en consacrant l'éclatement définitif du Centre, le Mouvement Démocrate se rallie progressivement à un regroupement qui s'identifie à la gauche (faute d'avoir pu fédérer lui-même ?). Peut-être ses promoteurs ont-ils raison, mais si ce que l'on voit à l'œuvre depuis quelques mois relève bien d'un même processus, alors il ne s'agit plus du projet tel qu'il a été formulé en 2007.

(1) La liste conduite par le MoDem avait d'ailleurs fait tout son possible pour arriver, a minima, à une fusion avec cette liste.
(2) On peut aussi remarquer que dans les trois cas, ces listes gauche/MoDem ont échoué.

vendredi 12 juin 2009

Après le désastre (2)

Le désastre des européennes a suscité de nombreuses analyses à chaud. Inutile de revenir sur l'échange Bayrou/Cohn-Bendit, il a eu un impact, certes, mais difficilement quantifiable. On a incriminé la qualité de la campagne. Nous autres militants devons battre notre coulpe. Aux critiques portées contre le discours démocrate, trop faible sur l'Europe, nous n'avons pas su répondre. Notre vision était sans doute faussée. Quand on lit les programmes, que l'on assiste aux conventions thématiques, on ne mesure pas quel est l'écho réel auprès de l'opinion publique. Nous étions persuadés de parler d'Europe, mais le message n'a pas été reçu. Comme l'a dit François Bayrou, le fait de lier débat national et européen n'a pas été compris, au contraire, il a été exploité par nos adversaires pour décrédibiliser nos propositions. Nous n'avons pas su prendre le contrepied de ces nombreuses critiques. En cela, la campagne a été ratée.

La deuxième analyse est plus insidieuse. Dès la publication des résultats, sur le plateau de France 2, Corinne Lepage a affirmé que l'on devait écologiser le Mouvement. Cela mérite plusieurs remarques. Corinne Lepage est vice-présidente en charge des commissions. Elle a donc un rôle charnière dans la fabrique des idées du Mouvement. Son analyse se place donc dans une autre perspective ou alors elle est incongrue. Cap 21, le mouvement qu'elle dirige, organise son congrès dans les semaines à venir. S'il est cofondateur du Mouvement Démocrate, tous ses militants ne partagent pas un enthousiasme débordant pour notre aventure commune. Aussi, s'agissait-il peut-être de donner des gages aux adhérents Cap 21, qui peuvent logiquement s'interroger sur la pertinence de cette coopération. En outre, ce la ne résiste pas à l'analyse des résultats électoraux. Si l'écologie avait constitué le point cardinal de l'élection, Jean-Luc Bennahmias (ex-vert) aurait dû faire un bon score. Or, c'est dans la région Sud-Est que le Mouvement démocrate fait son plus petit résultat (7,5, soit un point sous la moyenne nationale). Il n'y a pas eu non plus de prime au département d'origine. Alors que c'est ici en Provence que l'on connaît le mieux l'engagement écologiste de JLB, la liste qu'il a dirigée arrive en sixième position derrière le FN et le Front de Gauche à seulement 6 %.

Notre échec ne provient donc pas tellement d'un manque d'écologie, mais de notre incapacité à mobiliser entièrement l'électorat humaniste et démocrate. La Belgique (plus précisément la Wallonie) offre un point de comparaison. Pour peu qu'on veuille bien admettre que le MoDem a une certaine proximité stratégique (refus de la bipolarisation) et programmatique (l'humanisme démocratique) avec le CDH (Centre Démocrate humaniste), on se rend compte que la percée des écologistes ne signifie pas nécessairement l'épuisement des démocrates. Dans la communauté francophone belge, le succès d'Ecolo à 23 % n'a pas empêché le CDH de maintenir ses scores à plus de 13 %. Nous n'avons pas su incarner aux yeux de l'opinion publique nos « fondamentaux ». Peut-être cela provient-il justement d'une définition trop vague de notre épine dorsale idéologique. En cela le propos de Corinne Lepage est pertinent. Sommes-nous des héritiers de la démocratie-chrétienne française, modérée et réformiste ou devons-nous devenir un énième mouvement écologiste ? On a vu, lors des municipales notamment, que lier l'ensemble conduisait souvent à ne livrer qu'un salmigondis assez tiède, difficilement identifiable. Il ne s'agit pas de prendre l'un pour exclure l'autre mais de choisir ce qui doit primer dans notre profession de foi collective. Or, depuis deux ans, nous n'avons pas su trancher.

Le Mouvement Démocrate se retrouve une nouvelle fois à la croisée des chemins. La faiblesse des partis démocrates a poussé, comme nous le pressentions, le Partito Democratico à intégrer le PSE. La ligne de Piero Fassino l'a emporté. Finalement, en lieu et place d'une réelle novation, l'exemple italien finit par donner l'image d'une absorption du courant social-chrétien par les socialistes. Ce n'est pas un changement de nom de groupe et quelques ajouts dans la charte du PSE qui vont fondamentalement changer les choses. Le PSE reste marqué par une référence à l'analyse marxiste qui est étrangère à la pensée démocrate-chrétienne. Sans autonomie, les démocrates italiens seront sans doute réduits à l'état de supplétifs, juste bons à faire nombre dans le Parlement Européen. C'est un authentique déni de ce qu'aurait pu être un véritable projet démocrate qui s'affranchisse de la bipolarisation. Il y a effectivement une marge entre coopérer et faire partie du même groupe. Du coup, le Modem se retrouve dans une position très délicate pour ne pas dire impossible. Au sein de l'ADLE, le PDE ne représente quasiment plus rien. Le groupe des verts est bien trop disparate voire antagoniste avec nos idées. Rejoindre le PSE, à la suite du PD italien trahirait l'originalité de notre projet. Malheureusement, il est trop tard pour faire éclater l'ancienne géométrie au PE et tenter de réunir tous les modérés humanistes-démocrates refusant la bipolarisation (comme le CDH belge ou l'UDC italienne) au sein d'un même groupe.