vendredi 12 juin 2009

Après le désastre (2)

Le désastre des européennes a suscité de nombreuses analyses à chaud. Inutile de revenir sur l'échange Bayrou/Cohn-Bendit, il a eu un impact, certes, mais difficilement quantifiable. On a incriminé la qualité de la campagne. Nous autres militants devons battre notre coulpe. Aux critiques portées contre le discours démocrate, trop faible sur l'Europe, nous n'avons pas su répondre. Notre vision était sans doute faussée. Quand on lit les programmes, que l'on assiste aux conventions thématiques, on ne mesure pas quel est l'écho réel auprès de l'opinion publique. Nous étions persuadés de parler d'Europe, mais le message n'a pas été reçu. Comme l'a dit François Bayrou, le fait de lier débat national et européen n'a pas été compris, au contraire, il a été exploité par nos adversaires pour décrédibiliser nos propositions. Nous n'avons pas su prendre le contrepied de ces nombreuses critiques. En cela, la campagne a été ratée.

La deuxième analyse est plus insidieuse. Dès la publication des résultats, sur le plateau de France 2, Corinne Lepage a affirmé que l'on devait écologiser le Mouvement. Cela mérite plusieurs remarques. Corinne Lepage est vice-présidente en charge des commissions. Elle a donc un rôle charnière dans la fabrique des idées du Mouvement. Son analyse se place donc dans une autre perspective ou alors elle est incongrue. Cap 21, le mouvement qu'elle dirige, organise son congrès dans les semaines à venir. S'il est cofondateur du Mouvement Démocrate, tous ses militants ne partagent pas un enthousiasme débordant pour notre aventure commune. Aussi, s'agissait-il peut-être de donner des gages aux adhérents Cap 21, qui peuvent logiquement s'interroger sur la pertinence de cette coopération. En outre, ce la ne résiste pas à l'analyse des résultats électoraux. Si l'écologie avait constitué le point cardinal de l'élection, Jean-Luc Bennahmias (ex-vert) aurait dû faire un bon score. Or, c'est dans la région Sud-Est que le Mouvement démocrate fait son plus petit résultat (7,5, soit un point sous la moyenne nationale). Il n'y a pas eu non plus de prime au département d'origine. Alors que c'est ici en Provence que l'on connaît le mieux l'engagement écologiste de JLB, la liste qu'il a dirigée arrive en sixième position derrière le FN et le Front de Gauche à seulement 6 %.

Notre échec ne provient donc pas tellement d'un manque d'écologie, mais de notre incapacité à mobiliser entièrement l'électorat humaniste et démocrate. La Belgique (plus précisément la Wallonie) offre un point de comparaison. Pour peu qu'on veuille bien admettre que le MoDem a une certaine proximité stratégique (refus de la bipolarisation) et programmatique (l'humanisme démocratique) avec le CDH (Centre Démocrate humaniste), on se rend compte que la percée des écologistes ne signifie pas nécessairement l'épuisement des démocrates. Dans la communauté francophone belge, le succès d'Ecolo à 23 % n'a pas empêché le CDH de maintenir ses scores à plus de 13 %. Nous n'avons pas su incarner aux yeux de l'opinion publique nos « fondamentaux ». Peut-être cela provient-il justement d'une définition trop vague de notre épine dorsale idéologique. En cela le propos de Corinne Lepage est pertinent. Sommes-nous des héritiers de la démocratie-chrétienne française, modérée et réformiste ou devons-nous devenir un énième mouvement écologiste ? On a vu, lors des municipales notamment, que lier l'ensemble conduisait souvent à ne livrer qu'un salmigondis assez tiède, difficilement identifiable. Il ne s'agit pas de prendre l'un pour exclure l'autre mais de choisir ce qui doit primer dans notre profession de foi collective. Or, depuis deux ans, nous n'avons pas su trancher.

Le Mouvement Démocrate se retrouve une nouvelle fois à la croisée des chemins. La faiblesse des partis démocrates a poussé, comme nous le pressentions, le Partito Democratico à intégrer le PSE. La ligne de Piero Fassino l'a emporté. Finalement, en lieu et place d'une réelle novation, l'exemple italien finit par donner l'image d'une absorption du courant social-chrétien par les socialistes. Ce n'est pas un changement de nom de groupe et quelques ajouts dans la charte du PSE qui vont fondamentalement changer les choses. Le PSE reste marqué par une référence à l'analyse marxiste qui est étrangère à la pensée démocrate-chrétienne. Sans autonomie, les démocrates italiens seront sans doute réduits à l'état de supplétifs, juste bons à faire nombre dans le Parlement Européen. C'est un authentique déni de ce qu'aurait pu être un véritable projet démocrate qui s'affranchisse de la bipolarisation. Il y a effectivement une marge entre coopérer et faire partie du même groupe. Du coup, le Modem se retrouve dans une position très délicate pour ne pas dire impossible. Au sein de l'ADLE, le PDE ne représente quasiment plus rien. Le groupe des verts est bien trop disparate voire antagoniste avec nos idées. Rejoindre le PSE, à la suite du PD italien trahirait l'originalité de notre projet. Malheureusement, il est trop tard pour faire éclater l'ancienne géométrie au PE et tenter de réunir tous les modérés humanistes-démocrates refusant la bipolarisation (comme le CDH belge ou l'UDC italienne) au sein d'un même groupe.




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