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mercredi 14 avril 2010

La tragédie achevée (3) - Je veux peindre le Centre une mère affligée

D'Aubigné me pardonnera ce vilain plagiat. En novembre dernier, j'écrivais un long billet sur la double-tragédie du Centre. Les régionales ont illustré son dénouement : les deux mouvements qui se sont constitués en 2007 sur les décombres de l'UDF ont échoué et pour l'instant, ils n'ont pas prouvé qu'ils avaient saisi les enjeux pour leur famille politique. Les discours et autres conseils nationaux d'après-scrutin se complaisent dans le déni des réalités.

A tout seigneur, tout honneur, je commencerai par mon ancien parti le Mouvement Démocrate. La conférence de presse de François Bayrou présentait un contraste saisissant entre le propos assez grandiloquent sur l'état de la France et le caractère microscopique (microcosmique si j'osais le néologisme) d'un ajustement dans l'appareil partisan. Le livret orange réduit à un bol d'eau tiède, la désorganisation du mouvement, le départ de CAP21 (ce qui signe l'échec de la nouvelle structure pour élargir sa base électorale), tout sera réglé par la nomination d'un secrétaire général inconnu... Peut-être Marc Fesneau est-il quelqu'un de compétent, mais créer un nouveau poste alors que les secrétaires nationaux thématiques ne sont toujours pas désignés ne paraît pas spécialement adapté.

Sa première interview me laisse, au surplus, dubitatif. Pêle-même, on le voit donner des leçons de constance (trois stratégies en trois ans, en effet le MoDem est un parangon de constance...), affirmer la filiation entre l'UDF et le MoDem (pourquoi ne l'a-t-on pas entendu plus tôt ?), affirmer que les régionales ne constituait qu'un accident (ce n'est que le quatrième revers en autant de scrutins... j'y vois plutôt une confirmation), que le Mouvement est relativement neuf (j'ai déjà donné mon avis là-dessus) ce qui excuse ses errements (mais bizarrement la même jeunesse est un élément à charge pour le Nouveau Centre) et qu'il n'y a pas d'élections majeures dans les deux ans à venir (après avoir perdu les députés, les maires, la moitié des eurodéputés, les conseillers régionaux, le Mouvement peut perdre ses derniers élus sénateurs et conseillers généraux...). Si la langue de bois sur les départs fait partie du jeu politique, rien de nouveau sous le soleil par ailleurs.

Sur l'autre rive, le propos est plus riche, mais tout aussi contradictoire. Avant les régionales, Hervé Morin s'était fendu d'une déclaration affirmant que le Centre était reconstruit (voir l'actualité du 20 janvier 2010 Pour Hervé Morin «l’étape de la reconstruction» du Centre est terminée). En fait de reconstruction, les régionales ont été aussi calamiteuses. Ce scrutin n'a pas permis au NC de se faire connaître et pour cause... une nouvelle fois il ne s'est pas présenté sous ses propres couleurs. Il y a même quelque chose de pathétique à le voir systématiquement, avant les élections, annoncer sa volonté d'indépendance au premier tour pour finir dans le giron de l'UMP, quelles que soient les avanies aux quelles il est soumis (exemple parmi tant d'autres en Vendée). Ainsi, toutes les déclarations sur la présentation de liste NC passent pour de vaines rodomontades. L'UDF d'aujourd'hui ? Non, de simples supplétifs de l'UMP tout juste bons à rajouter un logo de plus sur les professions de foi. Mais, le déni est aussi puissant qu'au MoDem... Lors de son dernier conseil national, Hervé Morin a même affirmé qu'il avait eu raison et que sa stratégie était une réussite.

Or, l'ensemble des partis centristes se situent à un étiage électoral particulièrement bas. En définitive, le Centre est tombé dans le piège patiemment construit par le RPR/UMP. Le MoDem a échoué en se positionnant comme une seconde opposition, à trop singer la gauche, les électeurs ont préféré l'original. Le Nouveau Centre n'est pas parvenu à incarner le centre-droit en confondant alliance et vassalisation. Un élément majeur, qui explique ce double-échec, réside dans l'atomisation de la famille centriste : divisée elle n'atteint pas la masse critique pour faire figure d'interlocuteur sérieux.

J'ai cru que l'appel du 25 mars marquait une inflexion, que constatant leur échec, les centristes allaient chercher à se réunir. Mais non, les uns s'enferrent dans un discours de la vertu, les autres dans celui de l'allégeance. Bayrou a relégué ce projet au rang de manœuvre (mais comment appeler la soudaine ressortie de la stratégie de 2007 ?) et les propos de Morin attestent une signification très particulière de ce qu'il appelle l'indépendance. Il a, semble-t-il, oublié que le projet de l'UDF depuis 1978 a toujours été de concurrencer la droite gaullo-conservatrice, pas d'en être la mouche du coche. Le propos de Jean Arthuis est plus nuancé, plus proche de la voie stratégique d'un centre indépendant telle qu'elle avait été évoquée par Jean-Louis Bourlanges. Le passage demeure étroit. S'il est douteux que le RPR/UMP accepte la reconstitution d'un réel pôle central après avoir bataillé pendant un quart de siècle pour l'éliminer, un centre-droit allié mais non pas subordonné peut constituer une première étape dans une véritable refondation centriste.

Encore faut-il faire les bons choix. L'appel du 25 mars fait état d'une fusion alors que le projet initial était de reconstituer une grande confédération. On peut comprendre l'intérêt du Nouveau Centre. Il peut changer de nom. Il ne s'est pas imposé dans l'opinion publique. Il peut aussi se refaire une virginité médiatique à peu de frais. En revanche, cela paraît curieux pour l'Alliance centriste. La structure est jeune, en cours d'organisation... Même s'il s'agit d'un petit parti, ses adhérents ont fait un choix différent des néo-centristes. Si ce rapprochement peut aboutir à une fusion des composantes, le faire de manière précipitée reviendrait à sacrifier son originalité, ouvrir la porte à une simple mise à jour du Nouveau Centre et donc à l'échec du projet.

Je pensais qu'une déroute électorale provoquerait une remise en cause des leaders centristes et la prise de conscience du délabrement de cette famille politique. La déroute a eu lieu... pour le reste, rien n'est moins sûr...


dimanche 21 juin 2009

Le Nouveau Centre et son évolution (?)

Le Nouveau Centre a été fondé il y a un peu plus de deux ans. Initialement, il s'agissait de créer une structure pour accueillir les parlementaires qui ne voulaient plus assumer la stratégie d'autonomie de François Bayrou après le premier tour des présidentielles de 2007. Par la suite, au gré des différentes élections, les départs du Mouvement Démocrate pour le Nouveau Centre se sont succédés. Progressivement, le canot de sauvetage a voulu étoffer son projet. Officiellement, le parti social-libéral européen doit faire revivre le projet de l'UDF des origines.

Il y aurait beaucoup à écrire sur le fond à ce sujet, mais un événement très local appelle une réflexion plus conjoncturelle. Le représentant néo-centriste marignanais est Guy Martin. D'après le blog de la fédération départemantale du Nouveau Centre, il dirige provisoirement la section locale. Rien de très étonnant, il occupait cette fonction à l'UDF. Les complexités locales ont fait que le Nouveau Centre n'a pas participé directement aux élections municipales de 2008. Pourtant, la Provence nous a appris la création d'un groupe Nouveau Centre au Conseil Municipal, dirigé par Laurent Lavie, dont tous ses membres sont issus de la majorité municipale.

Il y a là une double curiosité. Tout d'abord, pourquoi se réclamer d'une étiquette que l'on n'a pas assumé devant les électeurs ? Pourquoi le faire un an après les élections, surtout lorsque la justification consiste à vouloir revendiquer ses « convictions ». Bref, cela fleure l'opportunisme et l'embrouillamini mais ce n'est le plus curieux.

Dans les cinq membres de ce groupe, un seul a fait partie de l'UDF. Les autres sont d'anciens RPR, anciens UMP, sarkozystes convaincus et collaborateurs proches du maire. Certains ont toujours leur carte à l'UMP et participent aux scrutins internes, c'est dire... L'appartenance au Nouveau Centre n'est pas motivé par un attachement aux idées mais par un simple positionnement tactique. On peut comprendre la logique à l'oeuvre. Il leur est difficile de s'afficher UMP quand on sait que, par pur calcul électoral, leur Fédération avait donné l'étiquette à Daniel Simonpiéri qui n'en fai(sai)t pas partie (1). Ainsi, le Nouveau Centre, qui est dans la majorité mais pas statutairement dépendant de l'UMP, offrait le meilleur compromis. 

Or, ce cas n'est pas isolé. A Aix, Bruno Genzana, dans une situation similaire, a aussi essayé d'entrer au Nouveau Centre. Or, si cet afflux d'umpistes déçus ou en rupture de ban constitue un phénomène durable et continu, quel crédit peut-on accorder au projet néo-centriste d'incarner l'ancienne UDF ? (2)


(1) Quoique cela ne gêne pas Geneviève Moy et les membres de son groupe « UMP Marignane ». Notre ville a donc la particularité d'avoir deux groupes labellisés UMP, élus sur deux listes différentes, dans son conseil municipal.

(2) On notera également que Bruno Genzana, néo-néo-centriste, dirige le groupe "Agir pour le 13" au Conseil Général... groupe dans lequel Daniel Simonpieri siège... sic