dimanche 31 mai 2009

Cavada et la réécriture de l'histoire

Il y a des mensonges qui surprennent. Certains diront qu'ils sont inhérents à une certaine pratique politicienne. On peut le déplorer, on peut aussi essayer de rétablir les faits. Jean-Marie Cavada a eu les honneurs du Monde le 27 mai dernier... nouveau SCUD de la majorité contre le MoDem et son président. Après tout, nous sommes en campagne, c'est le jeu. Mais autant ne pas le faire avec des contre-vérités pour ne pas dire plus.

Candidat sous l'étiquette Nouveau Centre, après avoir quitté le MoDem en novembre 2007, l'ancien présentateur de l'émission télévisée « La marche du siècle » a beau jeu de dire que celui qui a « découché » ce n'est pas lui mais François Bayrou, en « rompant l'alliance avec Nicolas Sarkozy entre les deux tours de la présidentielle de 2007 ». « Quand il nous a quittés, je l'ai plaqué », explique-t-il, en sirotant un jus d'orange, vendredi 22 mai dans un café du 16e arrondissement où il a ses habitudes.

Départ du Modem en novembre 2007, mais il est parti à cause de la rupture entre les deux tours (pourtant la campagne du premier tour n'avait pas été tendre non plus), c'est-à-dire entre fin avril et début mai. Diable, cela fait ? Voyons, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre... près de six mois entre les deux événements. « Quand il nous a quittés, je l'ai plaqué ». Jean-Marie Cavada pratique l'ellipse jusqu'au paradoxe spatio-temporel. Pourquoi avoir porté les couleurs de l'UDF-MoDem lors des législatives de juin 2007 alors, s'il n'était pas d'accord avec la ligne Bayrou ? Pourquoi s'être maintenu au deuxième tour contre un candidat de la majorité présidentielle, Henri Plagnol ?

Surtout (il est dommage que la journaliste n'ait pas relevé ce fait), pourquoi avoir organisé le forum des démocrates à Seignosse en septembre 2007 ? Il s'agissait de la grande réunion préparatoire au congrès de Villepinte. A moins de souffrir de schizophrénie, il est curieux de passer un été à organiser une réunion fondatrice pour un mouvement dont on n'apprécie pas la stratégie. Et encore, il faut attendre deux mois de plus et la préparation des municipales pour que l'euro-député affirme son sarkozysme...

Pourtant, M. Cavada l'affirme : ami de longue date du président de la République qui l'apprécie depuis « La marche du siècle » consacrée à la prise d'otages par « Human Bomb » dans une école de Neuilly-sur-Seine en 1993.

Difficile de cacher son opportunisme dans ces conditions. Jean-Marie Cavada n'a bizarrement pas rallié l'UMP (même s'il en a porté les couleurs lors des municipales parisiennes), ni le Nouveau Centre en novembre 2007. Pourtant, quand on se présente comme un centriste rallié au président Sarkozy, cela aurait du sens. Non, il a créé sa propre chapelle : Avenir Démocrate. Il a intégré l'EDLR au parlement européen, mais pas le PPE, où siègent l'UMP et le NC. Qu'à cela ne tienne, lors de ces Européennes, il est investi par le Nouveau Centre, sans y adhérer (du moins, rien n'indique le contraire). Ainsi, il pourra faire comme précédemment, si la soupe lui paraît meilleure ailleurs : quitter bruyamment un parti auquel il n'a pas adhéré. Il l'a déjà fait avec le Mouvement Démocrate. D'ailleurs, changera-t-il d'affiliation une nouvelle fois au Parlement européen après ces élections ? Après la circonscription et la liste...

Enfin, dans cet article, du haut de ses convictions si authentiques, Jean-Marie Cavada dénonce l'imposture de François Bayrou, coupable selon lui de poujadisme. Alain Minc avait déjà expliqué que le MoDem était maurrassien. On comprend donc que les sarkozystes vont faire tout l'éventail de l'extrême-droite française à travers les âges. Mais Cavada n'a pas encore adopté le style de sa nouvelle maison... Au Nouveau Centre, on accuse généralement Bayrou d'avoir basculé à gauche. 

« Tout ce qui est excessif est insignifiant » et qui voudra comparer le programme démocrate pour les européennes et la définition du poujadisme se rendra compte de la véracité de l'aphorisme de Talleyrand. 

A lire également le billet de générations engagées sur le même sujet.




samedi 30 mai 2009

Le déclin démographique de l'Europe

Lors de la convention européenne de Lattes, Marielle de Sarnez, au détour d'une question de la salle, a évoqué les perspectives alarmantes de la démographie européenne. D'ici 2050, l'Europe devrait perdre entre 55 et 100 millions d'habitants (1). Dans l'article « Démographie » de son Petit dictionnaire pour aimer l'Europe (2), la vice-présidente du Mouvement Démocrate développe cette idée. 

Cette baisse va s'accompagner d'une augmentation des plus de 65 ans de 50 à 60 millions. « La population en âge de travailler va diminuer en Europe de 53 millions de personnes d'ici trente ans ». Bref, il s'agit d'une véritable « épée de Damoclès » pour le développement de l'Union. Le problème qui se pose est donc d'inverser la courbe de natalité. Marielle de Sarnez, après avoir évoqué le poids des questions d'immigration dans ce domaine, conclut sur la nécessité d'une réflexion européenne sur cette question. Quand on sait l'importance du commerce intra-communautaire pour nos économies, on doit, effectivement, aussi s'alarmer de la quasi division par deux de la population bulgare dans les trente ans à venir.

Ce thème a été assez peu repris dans la campagne européenne... sauf par les Verts... et de quelle manière. En effet Yves Cochet s'est livré à une réflexion pour le moins curieuse. L'Europe amorce son déclin démographique, accélérons-le !

"Un enfant européen a un coût écologique comparable à 620 trajets Paris-New York. Il faudrait faire voter une directive grève du troisième ventre qui inverserait l’échelle des prestations familiales. Aujourd’hui, plus on a d’enfants, plus on touche. Je propose qu’une famille continue de percevoir des aides pour les deux premiers enfants, mais que ces aides diminuent sensiblement à partir du troisième"

Cyril Di Méo, ancien représentant aixois des Verts, a déjà livré une réflexion intéressante sur son blog. On ne peut qu'y souscrire en ajoutant une idée. La proposition de Cochet considère l'humanité seulement sous l'angle du problème. En cela, elle n'est pas humaniste. Si on ne peut critiquer le constat, le député vert de Paris a l'air de considérer l'homme comme un invariant. Il pollue et polluera toujours autant à le lire. Aucune espérance en un changement d'attitude ou de mode de vie. 

Mettre l'Homme au coeur de la politique, c'est aussi avoir confiance en lui, en ses capacités, c'est cultiver l'espoir, pas le dépérissement de notre continent. Les Verts ne résument pas la préoccupation écologique en France... et c'est tant mieux.


(1) Ce chiffre n'a rien de saugrenu. Dans l'ouvrage « Europe, Europes. Espaces en recomposition » de Jean Barrot, Bernard Elissalde et Georges Roques chez Vuibert, on peut lire qu'entre 1990 et 2000, «l'Europe perd environ deux millions d'habitants » (p.79).
(2) Marielle de Sarnez, Petit dictionnaire pour aimer l'Europe, Grasset, pp.87-89.





samedi 16 mai 2009

Jean-Luc Bennahmias sur TV7 Provence

La télévision aixoise TV7 Provence a mis en ligne il y a quelques jours une interview de Jean-Luc Bennahmias, tête de liste du Mouvement Démocrate dans la région Sud-Est. Elle se révèle intéressante à plus d'un titre.

Tout d'abord, on y parle d'Europe, pour une fois qu'un interviewer ne cherche pas à enfermer les démocrates dans le seul rôle des opposants à la politique UMP. Les propositions de notre euro-député peuvent être regroupées autour de trois axes : l'engagement européen, la politique de soutien à l'innovation et les perspectives pour l'Europe.

1°/ L'engagement européen

L'idée-force exposée par Jean-Luc Bennahmias est la constitution d'une avant-garde européenne appuyée sur l'euro-groupe. Etonnamment, cette proposition a fini par séduire les europhiles voire euro-enthousiastes qui composent la Marguerite. Sans renier le fédéralisme d'essence démocrate-chrétienne, cette idée constitue une concession au principe de réalité. On ne peut plus soutenir la validité d'un projet fédéraliste à court ou moyen terme à vingt-sept pays, voire plus. En revanche, la stagnation de la construction européenne ne peut qu'encourager les projets d'Europe à la carte d'inspiration anglo-saxonne, qui sont, pour nous, le déni du projet européen. 
Or, l'intégration est plus que jamais nécessaire dans un espace mondialisé et une économie globalisée : les politiques nationales sont vouées à l'échec ou à l'impuissance. En lieu et place d'une vague coordination de plans nationaux, Jean-Luc Bennahmias réaffirme l'importance du cadre continental. La dernière livraison de la Revue pour l'intelligence du monde rapportait encore dernièrement les propos de Dominique Strauss-Kahn : « Aujourd'hui, l'erreur principale serait de sous-estimer la profondeur de la crise : nous sommes vraiment dans la Grande Récession... »... (1) D'autres évoquent la pire crise depuis 1929. Or, cette crise n'avait pas eu lieu avec une telle division internationale du travail. « Le plus probable n'est-il pas d'ailleurs que la crise actuelle apparaîtra de plus en plus en ces temps de mondialisation comme de nature totalement inédite, réclamant donc une médecine également inédite ? Auquel cas, on a toutes les raisons de s'inquiéter. » écrit Renaud de Rochebrune dans la Revue (2)... Les propositions du MoDem vont dans ce sens. Si les faux remèdes protectionnistes n'ont pas ou peu été mis en oeuvre, les politiques de relance n'ont pas réellement changé d'échelle, elles ne se sont pas adaptées à un monde massivement interdépendant. Bernard Lehideux, eurodéputé démocrate de l'Ile-de-France, était parvenu en début d'année à faire adopter par le groupe ADLE puis par le Parlement Européen l'idée d'un emprunt communautaire de 3 %. Cela aurait été l'occasion d'augmenter le budget européen et de faire autre chose que de la dette nationale à l'efficacité plus que douteuse. Certains se sont beaucoup agités, mais, après huit mois de crise effective, le traitement de la crise n'a été ni innovant, ni efficace.
La relance des eurorégions apparaît donc dans la bouche de Jean-Luc Bennahmias comme la traduction locale de cette logique euro-active : passer de la concurrence libre et non faussée à une réelle coopération créatrice de compétitivité.

2°/ Ceci passe par une politique de soutien à l'innovation.

Tropisme écologiste oblige, notre eurodéputé évoque en priorité le développement des énergies alternatives (géothermie, solaire, hydro-électricité, bois, agrocarburants à usage proximal). Preuve de son éloignement du dogmatisme verdâtre, il ne récuse pas le projet ITER, tout en remarquant son impact à long terme... Une position équilibrée. Du fait de la division internationale du travail, l'Europe est condamnée à l'innovation pour demeurer compétitive. Or, les budgets de recherche et développement demeurent plus faibles que dans le reste de l'espace triadique (1,9 % du PIB, contre 2,7 % aux Etats-Unis et 3,2 % au Japon, chiffres de 2006).

Pour y remédier, Jean-Luc Bennahmias évoque le soutien aux PME, plus souples et souvent plus dynamiques, par un accès privilégié aux marchés publics. Toute intervention dans le jeu économique peut avoir des effets imprévus voire néfastes. Ce type de mesure requiert précision et prudence, mais on ne peut que regretter l'échec du Nouveau Centre de n'avoir pu concrétiser un « small business act » à la française... proposition qui apparaissait dans la « plate-forme » législative NC-UMP (et qui ne faisait que reprendre le programme présidentiel de François Bayrou).

3°/ Ce soutien ne se comprend qu'en changeant de perspective.

Jean-Luc Bennahmias dégage deux axes. Tout d'abord le nécessaire dépassement du traité de Nice par l'adoption du volet «institutionnel » du TCE dans un langage simplifié, les amodiations successives des Conseils Européens ayant contribué à le rendre illisible et donc peu ou pas acceptable démocratiquement. Deuxième piste de réflexion : la lutte anti-dumping. Le libre-échange sans garantie de libre-concurrence loyale est un non-sens, une véritable prime au pire, l'exact opposé du projet humaniste. Notre député donne un exemple précis avec la réglementation REACH sur l'usage des produits chimiques. Où est la pertinence d'imposer une réglementation contraignante pour protéger la santé de nos concitoyens et notre environnement si on permet l'entrée de produits étrangers qui la violent ? Ce problème est sans doute faussement simple, mais il est nécessaire de revoir les équilibres actuels de la mondialisation, entre libre-échange, bon sens et protectionnisme.

La campagne prend forme et c'est tant mieux.


(1) La Revue pour l'intelligence du monde, n°20-21, p.24.

(2) La Revue pour l'intelligence du monde, n°19, p.47.




dimanche 10 mai 2009

Une Convention Européenne particulièrement intéressante

Dimanche prochain (le 17 mai donc), le Mouvement Démocrate organise une Convention Européenne à Lattes (Hérault). Cependant, par rapport aux autres conventions thématiques qui ont déjà eu lieu (et dont le site du Mouvement se fait régulièrement l'écho), le programme de celle-ci touche le coeur du problème posé à la construction européenne : le modèle européen. 

Nous le développerons dans de prochains billets mais les contributeurs de la Marguerite pensent (avec beaucoup d'autres) que l'Union Européenne se situe à la croisée des chemins et qu'elle ne sortira de l'impasse dans laquelle elle semble se trouver que par la clarification de son projet. Du coup, cette convention ne peut qu'exciter notre intérêt. Et les participants sont à l'avenant.

Outre les chefs de file du Mouvement et, bien évidemment, François Bayrou, cinq personnalités de qualité sont mises en avant :

- Guy Verhofstadt, ancien premier ministre belge libéral-démocrate, membre de l'EDLR, un homme de compromis éclairé qui a su travailler aussi bien avec les socialistes que les libéraux et les démocrates-chrétiens en Belgique. François Bayrou vient d'évoquer ce matin le soutien du PDE à sa candidature au poste de président de la Commission. Ce sera l'occasion d'entendre ses propositions (la politique belge n'étant pas spécialement médiatisée en France),

- Francesco Rutelli, ancien maire de Rome, ancien ministre italien et surtout ancien président de la Marguerite. Sa présence prouve, nous l'espérons, la solidité du PDE. Son parcours, qui l'a mené dans diverses formations réformistes modérées (radicale, écologiste - avant qu'elle ne se tourne vers l'extrême-gauche - et enfin démocrate-chrétienne), intrigue autant qu'il suscite la curiosité. L'Italie a souvent été un laboratoire d'idées, sa contribution (que l'on peut espérer originale) devrait mériter le détour,

- Jean-Claude Casanova, le patron de la rédaction de la revue Commentaires et de l'Institut des Démocrates Européens , un « sage » pour tous ceux qui sont attachés au courant centriste en France... Quand on sait qu'il a été un proche conseiller de Raymond Barre lorsqu'il était premier ministre... on peut comprendre que sa parole ait du poids (la bannière de notre blog ne fait pas de mystère là-dessus),

- Jean-Pierre Rioux, une des sommités françaises en histoire contemporaine

- Jean Peyrelevade, vice-président du MoDem en charge des affaires économiques et dont le plus grand mérite est de parler « carré », un libéral (mais pas seulement) rigoureux... c'est tellement rare par les temps qui courent.

On est loin des castings fourre-tout et des revues d'effectifs juste bonnes à empiler les petites phrases dont sont friands les autres listes (le PS par exemple... voir notre billet précédent).
Cette convention promettant énormément sur le fond, il y a tout lieu de croire qu'elle fera date dans la campagne européenne. La qualité des participants et l'importance de l'enjeu le laissent espérer. 

Ce sera l'occasion de prouver que, fondamentalement, l'Europe est notre avenir.