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samedi 8 mai 2010

Demos et Kratos en Europe – Revue de Commentaire

La crise grecque, ou plutôt la crise de la zone euro, fait apparaître sous un jour nouveau la faiblesse de l'intégration européenne, son caractère profondément bancal. Jean Arthuis (parmi d'autres) l'a reconnu en réclamant « un bond qualitatif politique en matière de coordination et d'autorité ». Ce communiqué de presse entre en résonance avec l'article de Tommaso Padoa-Schioppa « Demos et Kratos en Europe » paru dans le numéro 129 de la revue Commentaire (pp.99-107). L'ancien ministre de l'Économie et des Finances italien se livre à une analyse intéressante du projet européen, de ses finalités et de ses faiblesses actuelles (1).

La critique lancinante à l'encontre de la construction européenne se base, pour l'essentiel, sur son manque de démocratie. Pour ses détracteurs, seuls les États-nations peuvent être les dépositaires de la souveraineté d'un demos nécessairement national. En partant de ce postulat, l'auteur tente de revenir à la racine de ce qui fonde les gouvernements.

Selon lui, les limites authentiques d'un État sont rationnelles :

« Un gouvernement est nécessaire lorsque des besoins, des buts, des exigences communes à plusieurs personnes peuvent être atteints uniquement à travers des décisions, des actions et des ressources elles aussi communes ».

Or, les besoins des Européens excèdent les capacités de leurs gouvernements nationaux, qui demeurent pourtant les détenteurs principaux du pouvoir. Les dernières crises nous en donnent une illustration éclatante.

Dans le même temps, il oppose deux conceptions du demos : le demos-de-la-raison qui procède de sa vision de l'État et celle romantique, du demos-du-cœur. Sa préférence va à la première, car in-fine, la seconde revient à estimer que seule l'anarchie serait appropriée pour définir « les rapports entre des êtres humains qui ne sont unis par aucun lien affectif ou seulement culturel ou coutumier ». Il aboutit donc à l'idée d'un gouvernement décliné au pluriel le « long d'une échelle verticale de l'inclusion des cercles de plus en plus amples d'êtres humains auxquels chacun d'entre nous appartient ».

Son analyse du pouvoir (kratos) le conduit à pointer une tension fondamentale : « les gouvernants doivent être choisis par les gouvernés, mais ils doivent ensuite gouverner ceux qui les ont choisis ». Si le second syntagme pointe le degré nécessaire d'autonomie du gouvernant par rapport aux gouvernés, le premier invite à se pencher sur la thématique de l'intérêt général. Tommaso Padoa-Schioppa, en partant du principe que les biens publics appartiennent au Demos, l'intérêt général est assimilé à un intérêt particulier de tous et non pas l'intérêt d'un tiers qu'il soit l'État, la patrie ou la nation. Ainsi, l'achèvement de la démocratie consisterait en un gouvernement « choisi librement par son Demos et (...) doté du Kratos nécessaire pour gouverner la res publica. »

Dans la dernière partie de l'article, il confronte sa théorie à la situation européenne qu'il juge foncièrement contradictoire : « L'Europe a des missions possibles, mais on lui refuse le Kratos ; les États ont du Kratos, mais les missions qui leur sont attribuées sont en partie impossibles ». Pourtant, le demos-de-la-raison existe de fait, la res publica européenne s'est élargie bien au-delà de la seule paix et les différents textes qui charpentent l'Union énumèrent les biens collectifs : « sécurité, droits humains, liberté de circulation des biens et des personnes, protection de l'environnement, stabilité et solidarité économique »... La Constitution européenne définit une démocratie parlementaire, du moins, si on envisage les institutions supra-nationales, qui souffrent cependant d'un manque de pouvoir « d'une capacité à décider et des moyens pour mettre en œuvre les décisions ». Plus que tout autre chose, ce défaut explique que le demos-de-la-raison européen ne se reconnaisse pas encore comme un demos -du-cœur. Cette carence revient essentiellement selon l'auteur au Conseil de l'Union, institution intergouvernementale où s'applique souvent la règle de l'unanimité. Il n'est pas un « organe collégial » mais « une table de négociation sur le mode classique des relations internationales ». Conclusion : « l'Europe est inachevée et pour cela, aussi pour cela, nos démocraties sont malades ».

J'interprète la fin de cet article (pp.106-107) comme un appel à un nouveau fédéralisme européen. La nécessité rationnelle de l'intégration communautaire est établie, l'expérience historique des siècles passés ont montré que les demos-de-cœur s'avérait postérieur au gouvernement politique et au demos-de-la-raison, même si la réalité des populations européennes prouve déjà leur très grande proximité. Il n'empêche « l'existence d'un Demos-du-cœur est une chose, la conscience de celui-ci en est une autre, et la capacité à transformer cette conscience en action politique encore une autre. » Le réveil des nations s'oriente vers la désagrégation (la Belgique n'en donne-t-elle pas à l'heure actuelle un exemple saisissant).

« La mémoire des horreurs des guerres du passé se dissout. Et l'Europe apparaît souvent à la génération Erasmus comme un bâtiment déjà construit et déjà habité pacifiquement, qui ne nécessiterait aucun travail d'achèvement ou d'entretien. Cette génération ignore souvent que l'Europe apparaissait de la même manière à ses arrière-grands-parents en 1914, avant que le coup de pistolet de Sarajevo ne les réveille brusquement. Pour cette génération le ressort doit être la passion civique, la passion de la démocratie achevée ».

Cette conclusion mériterait une analyse complète au même titre que le rapport entre état et société, mais il me semble que les huit pages de Tommaso Padoa-Schioppa ont le mérite de réaffirmer une vision fédérale, à l'heure où l'euro-scepticisme le dispute à l'euro-mollesse.


(1) Ce qui suit n'est, bien évidemment, que ma lecture tout à fait subjective de cet article.

dimanche 8 novembre 2009

Le Parti Démocrate Européen (PDE) à la dérive ?

Musarder sur l'internet réserve parfois de drôles de surprises, notamment lorsqu'on se penche sur le site du Mouvement des Citoyens pour le Changement (MCC) belge. Dans son dernier bulletin, l'écho du citoyen, le mouvement de Gérard Deprez présente le PDE au bas de sa page 3 :

« Les principaux partis membres du PDE sont le MODEM en France, La Margherita en Italie, Darbo Partija en Lituanie, le PNV en Espagne (Pays Basque), Cesta Zmeny en Tchéquie, HZDS en slovaquie,… »

Le dernier élément cité fait froid dans le dos. Le HZDS est en effet le parti de Vladimir Meciar, plutôt réputé pour ses malversations, son incompétence, ses pratiques autocratiques et son passé eurosceptique. A priori, on est loin des valeurs d'un parti démocrate européen. Au printemps dernier, la rumeur avait couru et l'Hérétique s'en était fait l'écho, sans trop y croire.

Une vérification sur le site du PDE confirme cette adhésion subreptice. Peut-être que ce parti a évolué, mais Meciar est toujours à sa tête et il est toujours catalogué comme un « parti de droite/populiste - nationaliste ». Quand on sait que le ĽS-HZDS n'a qu'un seul député européen, je doute franchement de l'intérêt, même matériel, d'un tel recrutement, en dehors de celui de Meciar qui peut ainsi ripoliner sa réputation sur la scène européenne.

En définitive, après les dernières européennes, le PDE ressemble à un bateau fantôme. Il n'y aurait qu'une dizaine de députés relevant de cette étiquette au sein de l'ADLE : les six députés du MoDem, le député du DP lituanien, celui du PNV basque, Marian Harkin (indépendante irlandaise) et donc un député slovaque. C'est là que la lecture de la page relative aux partis membres du PDE est presque douloureuse. Il y a plus de partis membres que de députés au Parlement Européen.

Si on creuse, on se rend compte que la débandade est presque complète. Concernant les partis fondateurs, le MoDem a perdu près de la moitié de sa présentation entre deux législatures, la Margherita s'est dissoute dans le Partito Democratico qui siège dans le si joliment nommé groupe S&D (n'oubliez pas l'esperluette), le MCC n'a plus de député (à moins que Louis Michel intègre la commission et qu'ainsi Gérard Deprez récupère son siège) et le Darbo Partija a vu sa délégation divisée par cinq. Si Marian Harkin et le PNV ont sauvé leur siège, les tchèques de Cesta Zmeny et les chypriotes d'Evropaiko Komma n'ont jamais eu d'élus.

Parmi les nouveaux partis membres, outre les nationo-populistes de Meciar, on trouve un autre parti tchèque « Strana pro otevřenou společnost » (aucune info trouvée en dehors du site de ce mouvement, dont le sigle est SOS... correction de 22 heures 30 grâce au commentaire de Florian : il s'agit d'un petit parti libéral et écologiste, soutenant les divers partis libéraux SNK-ED, US-DEU, Cesta změny), le troisième parti de Saint-Marin, l'Alliance populaire, un parti polonais (Stronnictwo Demokratyczne) dont l'origine remonte à la république pré-seconde guerre mondiale mais qui semble-t-il ne joue plus aucun rôle (un seul député à la diète en 1991, et depuis plus rien) et enfin un autre parti tchèque (Europska Demokraticka Strana) qui semble très lié au KDU-CSL un petit parti centriste démochrétien (on remarque que le site du PDE en fait un parti slovaque, mais le KDU-CSL est tchèque, le site de l'EDS est tchèque...). Pour faire bref, il s'agit donc, semble-t-il, en dehors du HZDS et de l'Alliance Populaire, de groupuscules dans leurs pays.

Enfin, cette impression d'arche de Noé de petits partis est renforcée par l'hétérogénéité des positionnements nationaux de chacun des membres (j'ai assez largement utilisé le site de Laurent de Boissieu) :

  • le MoDem, centre (?) progressiste (?) recherchant à créer une alternance à gauche contre la droite sarkozyste

  • la Margherita n'existe plus et Francesco Rutelli a quitté le PD sans la recréer, il n'accepte pas le glissement à gauche de son mouvement

  • le Darbo partija est catalogué centre/populiste

  • le MCC : droite/démochrétiens (ce qui est peut-être un peu excessif, le MCC provenant du centre, du Parti social-chrétien qu'il a quitté pour former le Mouvement Réformateur avec les libéraux et proposer ainsi une alternative à la mainmise du Parti socialiste en Wallonie)

  • Cesta Zmeny est un parti libéral

  • le PNV est catalogué centre/démochrétiens – autonomistes

  • Evropaiko Komma, droite/unitaristes

  • ĽS-HZDS, droite/populiste – nationaliste

  • l'Alliance populaire est un parti libéral

  • Europska Demokraticka Strana, démochrétien ? et europhile

  • Stronnictwo Demokratyczne, centre ?

  • Strana pro otevřenou společnost (Parti pour une société ouverte), ? correction de 22 heures 30 grâce au commentaire de Florian : un parti libéral et écologiste

La déliquescence des deux principaux partis fondateurs (UDF et Margherita) n'est donc pas rattrapée par le dynamisme des autres membres. La cohérence de l'ensemble pose question. En Europe aussi, la synthèse démocrate est en panne.

dimanche 13 septembre 2009

Katyn, l'étrange mémoire

Cela commence en mars dernier dans la Nouvelle Revue d'Histoire.


Pour qui s'intéresse à l'histoire militaire ou aux domaines délaissés depuis l'Ecole des Annales, elle constitue un complément agréablement écrit de la revue L'Histoire, à une réserve près : son comité de rédaction est réputé très à droite. Aussi, faut-il prendre du recul par rapport aux articles un peu trop éditorialisés, pour ne pas dire orientés. La lecture critique, ici plus encore qu'ailleurs, s'impose. Le caractère tranché des avis qui y paraissent ont au moins le mérite de décentrer le lecteur habitué aux publications plus académiques.


Dans son numéro 41 en date de mars-avril 2009, la NRH comportait dans sa rubrique « l'Histoire à bout portant » (ce qui constitue en soi tout un programme...) un article intitulé « Katyn à la trappe ». C'est à cette occasion que j'ai appris l'existence du film d'Andrzej Wajda et de ses difficultés de distribution en France. N'étant pas spécialement cinéphile, j'avais une idée peu précise de la filmographie de ce cinéaste, mais, si j'avais dû citer un réalisateur polonais, ce nom me serait venu à l'esprit juste après Kieslowski. L'article se veut polémique en commençant par la question suivante « Qui le film du Polonais Wajda gêne-t-il en France ? ».


L'auteur, Norbert Multeau, explique dans son papier que Wajda n'est plus en odeur de sainteté pour « l'intelligentsia française » depuis Danton en 1982. Il rappelle les faits ainsi que le lien personnel du cinéaste avec le massacre de Katyn puisque son père a fait partie des victimes. Enfin, il décrit à grands traits le long métrage, le parti pris des victimes et de leur famille, avant de de finir sur la scène terminale du massacre proprement dit. Il conclut par ses mots : « Si ce film n'avait qu'une vertu, ce serait celle-là : prouver que l'histoire est toujours à réviser, nonobstant les vérités officielles et les « lois mémorielles ».


Autant dire que cet article a piqué ma curiosité. Dès que le film a été à l'affiche d'un cinéma dans les Bouches-du-Rhône (avec moins de quinze copies pour la France, il valait mieux ne pas attendre), je suis allé voir cette œuvre que les critiques jugaient trop académique. Plusieurs constats. La description du film de Norbert Multeau s'avère assez juste. On peut insister sur la retenue du film qui ne sombre pas dans le mélodrame historique, sur l'utilisation parcimonieuse mais saisissante de la musique de Penderecki. En revanche, il n'y a pas de grandes révélations dans le film (était-ce son but d'ailleurs ?). Le massacre de Katyn est connu, comme les implications du pacte germano-soviétique, ou même la douloureuse après-guerre pour une Pologne à qui Staline n'a pas laissé le choix de son devenir. Œuvre de fiction, Katyn de Wajda rend sensible le destin polonais, éventuellement, elle vulgarise cette part d'histoire nationale. Aussi, je rangeais les « vérités officielles » évoquées par Norbert Multeau parmi les traits strictement polémiques de la NRH.


Tempête dans un verre d'eau ? Je me le suis dit en sortant de la salle. Le cinéma connaît une période difficile, Katyn ne serait pas le dernier film à voir son audience réduite par une distribution au lance-pierres. D'ailleurs, la revue de presse de Commentaire (n°125) reprend un article de Bernard Père paru dans le Figaro qui fait l'éloge du film en s'étonnant du peu d'entrain suscité en France. Affaire classée ? Ce n'est pas certain. Je m'étonne de l'écart entre le titre original de l'article – Pourquoi Katyn gêne-t-il toujours ? – et celui choisi par la revue – Ne pas oublier Katyn. Drôle de conjonction entre la NRH et le Figaro...


Pas si drôle que cela en fait. Le numéro 126 de Commentaire relaie une réponse d'Adam Michnik à l'article du 1er avril de Jean-Luc Douin parus tous les deux dans le Monde. Ce dernier fait deux critiques au film de Wajda. « La première concerne le renvoi dos à dos des nazis et des Soviétiques comme prédateurs du territoire national. (…) le film est conçu comme une bombe antisoviétique*. » Selon l'auteur, « ces exécutions de masse sont conçues comme un nettoyage de classe ». La motivation change-t-elle la nature et la gravité du massacre ? Est-il plus horrible de massacrer des gens parce qu'ils sont polonais ou parce qu'il s'agit d'ennemis de classes ? Je ne pensais pas que ce type de raisonnement était encore possible.


« La seconde est l'étrange confusion entre Katyn et le génocide des juifs*. » Diable, j'ai vu le film sans y prêter attention. « Rien, aucune allusion, dans le film, sur la Shoah, mais une description des rafles, de la traque des familles d'officiers polonais, comme s'il s'agissait de la déportation des juifs en camps. Détail troublant : ces proies d'un massacre programmé sont viscéralement attachées à leur ours en peluche. Or le Musée Yad Vashem de Jérusalem a fait de l'ours un symbole de l'extermination des enfants juifs, du martyre d'un peuple*. » On reproche donc à un film sur les victimes de Katyn de ne pas traiter de la Shoah... Ainsi, on accuse un film de confusion parce qu'il ne traite pas ce qu'il ne s'est jamais proposé de traiter. Est-ce qu'il tait quelque chose d'inconnu ? Non, bien heureusement. Mais cette critique a ceci d'abjecte qu'elle instaure une concurrence des mémoires. « Le juif n'existe pas. La victime de la seconde guerre mondiale, c'est le Polonais*. » Non, les victimes de Katyn, ce sont les Polonais. C'est là le sujet du film, son parti pris. L'accusation voilée d'antisémitisme paraît incongrue et surtout mal venue, comme s'il s'agissait de décrédibiliser l'œuvre dans son ensemble.


Les conclusions des deux articles repris dans Commentaire (Adam Michnik puis Leonid Heller) :


En conclusion, la critique du Monde constate « l'ambiguïté de la représentation des juifs dans le cinéma polonais ». or le cinéma polonais n'est pas un monolithe, il est représenté par une multitude de personnalités, de perspectives, de styles/ C'est pourquoi il est insensé de généraliser cette question, comme il est insensé de reprocher à Wajda d'avoir polonisé le symbole du martyre du peuple juif – l'ours en peluche.


Résumons, le Monde a publié un article confus, anachronique, récupérant un sujet grave pour se complaire dans des clichés anti-polonais, confortant les antisémites qui reprochent aux Juifs de tirer profit de la Shoah. On espère qu'il n'a rien en commun avec la position du journal. On espère aussi pouvoir un jour y lire une vraie analyse aussi bien des « ambivalences » polonaises que des lectures françaises de celles-ci.


Décidément, c'est à se demander si une certaine gauche n'est pas l'allié objectif d'une certaine droite. Il est parfois bon d'être centriste. J'en étais là début juillet.


Le discours de Vladimir Poutine (1), il y a plus de dix jours à Gdansk, a ranimé ces réflexions dans mon esprit. Dans un article de Courrier International, on lit comment le premier ministre russe appelle à la réconciliation avec la Pologne (ce qui est louable). Cependant, il le fait là aussi en faisant jouer une malsaine concurrence mémorielle : les morts de Katyn contre les prisonniers soviétiques abattus en 1920, mais aussi en excipant les millions de morts de l'URSS durant la Seconde Guerre mondiale. Et surtout, dans ces déclarations alambiquées où l'inattaquable voisine l'incongru, on peut lire « Nous étions ensemble dans cette bataille pour l'avenir de l'humanité. » Le « nous » sonne faux. On sait comment le gouvernement en exil (et ses partisans) de Mikolajczyk ont fini juste après 1945. 


D'ailleurs, le SVR (services secrets russes) a révélé dans la foulée que « Une part de la responsabilité dans le déclenchement de la seconde guerre mondiale repose sur la Pologne, c'est pourquoi ils essaient de déformer les faits historiques » (Le Monde, 3 septembre 2009). On cherche encore en quoi cela disculpe l'URSS du massacre de Katyn.


Décidément, notre époque a une étrange mémoire. Aussi étranges que certaines résonances entre un critique du Monde, un premier ministre russe et un contributeur de la NRH.


* Toutes ces citations sont tirées de « Katyn », film poignant et douloureux pour Wajda (Le Monde, 1er avril 2009).

(1) http://www.courrierinternational.com/article/2009/08/31/vladimir-poutine-joue-la-carte-de-reconciliation

dimanche 10 mai 2009

Une Convention Européenne particulièrement intéressante

Dimanche prochain (le 17 mai donc), le Mouvement Démocrate organise une Convention Européenne à Lattes (Hérault). Cependant, par rapport aux autres conventions thématiques qui ont déjà eu lieu (et dont le site du Mouvement se fait régulièrement l'écho), le programme de celle-ci touche le coeur du problème posé à la construction européenne : le modèle européen. 

Nous le développerons dans de prochains billets mais les contributeurs de la Marguerite pensent (avec beaucoup d'autres) que l'Union Européenne se situe à la croisée des chemins et qu'elle ne sortira de l'impasse dans laquelle elle semble se trouver que par la clarification de son projet. Du coup, cette convention ne peut qu'exciter notre intérêt. Et les participants sont à l'avenant.

Outre les chefs de file du Mouvement et, bien évidemment, François Bayrou, cinq personnalités de qualité sont mises en avant :

- Guy Verhofstadt, ancien premier ministre belge libéral-démocrate, membre de l'EDLR, un homme de compromis éclairé qui a su travailler aussi bien avec les socialistes que les libéraux et les démocrates-chrétiens en Belgique. François Bayrou vient d'évoquer ce matin le soutien du PDE à sa candidature au poste de président de la Commission. Ce sera l'occasion d'entendre ses propositions (la politique belge n'étant pas spécialement médiatisée en France),

- Francesco Rutelli, ancien maire de Rome, ancien ministre italien et surtout ancien président de la Marguerite. Sa présence prouve, nous l'espérons, la solidité du PDE. Son parcours, qui l'a mené dans diverses formations réformistes modérées (radicale, écologiste - avant qu'elle ne se tourne vers l'extrême-gauche - et enfin démocrate-chrétienne), intrigue autant qu'il suscite la curiosité. L'Italie a souvent été un laboratoire d'idées, sa contribution (que l'on peut espérer originale) devrait mériter le détour,

- Jean-Claude Casanova, le patron de la rédaction de la revue Commentaires et de l'Institut des Démocrates Européens , un « sage » pour tous ceux qui sont attachés au courant centriste en France... Quand on sait qu'il a été un proche conseiller de Raymond Barre lorsqu'il était premier ministre... on peut comprendre que sa parole ait du poids (la bannière de notre blog ne fait pas de mystère là-dessus),

- Jean-Pierre Rioux, une des sommités françaises en histoire contemporaine

- Jean Peyrelevade, vice-président du MoDem en charge des affaires économiques et dont le plus grand mérite est de parler « carré », un libéral (mais pas seulement) rigoureux... c'est tellement rare par les temps qui courent.

On est loin des castings fourre-tout et des revues d'effectifs juste bonnes à empiler les petites phrases dont sont friands les autres listes (le PS par exemple... voir notre billet précédent).
Cette convention promettant énormément sur le fond, il y a tout lieu de croire qu'elle fera date dans la campagne européenne. La qualité des participants et l'importance de l'enjeu le laissent espérer. 

Ce sera l'occasion de prouver que, fondamentalement, l'Europe est notre avenir.




lundi 20 avril 2009

Symbole de solidarité

Fréquenter les sites des différents partis européens du Centre peut s'avérer très instructif. En Italie, cette famille politique est diversement représentée. Outre le Parti démocrate, il existe une formation plutôt de centre-droit, d'inspiration démocrate-chrétienne, l'Union de Centre (Unione di Centro).

Il y a deux semaines son secrétaire général, Lorenzo Cesa, proposait une baisse de 10 % du traitement des parlementaires italiens afin de lutter contre la crise. Au premier abord, on se dit que ce n'est qu'une mesurette, un acte cosmétique destiné à se donner bonne conscience, au pire une idée assez populiste visant à s'en prendre aux politiques qui s'engraissent alors que le bon peuple souffre de la crise... ce qui pourrait avoir un certain écho en France après la hausse du traitement du plus haut personnage de l'Etat. 

Mais, réflexion faite, si la portée économique ou financière d'une telle mesure paraît faible, du point de vue symbolique, les choses s'inversent. La majorité ne cesse d'affirmer que cette crise est la plus terrible depuis 1929. Dont acte, ne serait-il pas alors nécessaire que notre classe politique montre sa solidarité avec l'ensemble de la communauté nationale ? Qu'elle prouve qu'il n'y a pas de hiatus entre la nation et ses représentants, ce qui est, pour le coup, un lieu commun des extrêmes ? 

Quand bien même réduire le traitement des parlementaires et des ministres ne dégagerait qu'une somme réduite, cela constituerait un bel exemple de solidarité qui pourrait alimenter des bourses pour aider des PME innovantes, aider à la création d'entreprises, soutenir des associations d'entraides... A l'heure du tout communication, de la dictature du paraître et des promesses lénifiantes, cette mesure n'est peut-être pas si saugrenue. Dommage qu'elle n'ait rencontré que si peu d'écho...