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mardi 15 juin 2010

Gaullisme et centrisme, drôle d'association

La déroute des régionales pour les familles du Centre a eu un premier effet bénéfique : le Centre et ce qu'il peut signifier redevient un objet de débat. L'hérétique a d'ailleurs écrit un billet, selon moi, fort juste sur l'ADN centriste. Il m'a toujours semblé spécieux de réduire le centre à un positionnement, une localisation et non pas à un contenu positif. Jean-François Kahn fait partie des tenants de la première alternative. Il en tire une conséquence curieuse dans un de ses derniers billets où il assimile le gaullisme à « un vrai centrisme, tout sauf mou », par sa volonté « de subvertir les vieux clivages » (1).

Je peux concevoir ce qu'il y avait de neuf dans la tentative gaullienne de briser le système partisan de la IVe République. De là à la qualifier de centriste, il y a un pas que je ne franchirai pas. Les gaullistes, et De Gaulle en tête, n'ont jamais revendiqué cette étiquette, et pour cause, ils se voulaient au-dessus des partis. Cependant, l'Union démocratique du travail de Capitant, Hamon, Grandval ou Vallon, se réclamait du « gaullisme de gauche ». Le premier gouvernement du général comprenait des membres du MRP et du CNIP dont Pinay lui-même. Après 1962, la majorité gaulliste comptait dans ses rangs les républicains indépendants. Peut-être que le gaullisme ne peut se réduire à la droite, mais c'est là que se situait son centre de gravité et la majeure partie de son électorat.

Doctrinalement, si l'on excepte « l'idée participative », qui s'avère assez tardive, les deux autres idées-forces dans la pensée gaulliste relevées par Jean-Paul Cointet dans le Dictionnaire dirigé par Sirinelli (2) sont l'idée d'une France indépendante et l'encadrement de la nation par des institutions républicaines légitimées par le plus grand nombre. Dans les faits, à partir de 1958 elles se traduisent par un « nationalisme modéré » et un État fort. La première explique le conférence de presse ignominieuse du 15 mai 1962 où le Général assimile les partisans de l'Europe supranationale à des « apatrides » adeptes de l'espéranto ou du volapuk intégré. La deuxième, une pratique du pouvoir très particulière, qui relève plus de la droite bonapartiste que de la modération ou du respect des corps intermédiaires défendus par le Centre.

Il est même plaisant, en lisant Serge Berstein (3), de voir comment la pratique du pouvoir gaullienne préfigure la soi-disant hyperprésidence sarkozyste. Ainsi pour De Gaulle, il n'y a de « domaine qui soit ou négligé, ou réservé », se mêler de tout était consubstantiel à sa fonction. Dès 1958, il double le gouvernement par un « supercabinet » d'une cinquantaine de conseillers sous la direction de Geoffroy de Courcel puis de René Brouillet. Le Premier Ministre doit se réduire à de simples tâches d'exécution. « Certes, il existe un gouvernement « qui détermine » la politique de la nation ». Mais tout le monde sait attend qu'il procède de mon choix et n'agisse que moyennant ma confiance » peut-on lire dans les Mémoires d'espoir. Tout chef de gouvernement susceptible de faire de l'ombre à la présidence est ainsi démis que ce soit Michel Debré en 1962 ou Georges Pompidou en juillet 1968. Le conseil des ministres est réduit à une simple chambre d'enregistrement. Antoine Pinay perd son ministère pour avoir osé demander des éclaircissements sur la politique étrangère de la France. Les ministres sont régulièrement convoqués à l'Élysée sans le premier d'entre eux pour traiter directement avec le chef de l'État. Le parlementarisme a été circonvenu constitutionnellement : l'Assemblée ne contrôle plus son ordre du jour, ni son calendrier, ses initiatives en matières budgétaires sont bridées... sans oublier le 49-3 ou la possibilité gouvernementale de légiférer par ordonnances. Enfin la seule fonction du parti majoritaire « doit se borner à soutenir inconditionnellement le gouvernement, la principale qualité attendue de ses membres, qu'ils soient ou non parlementaires, étant la discipline » selon Jacques Richard lors des assises nationales de l'UNR en 1961.

Ce deuxième aspect invalide définitivement, selon moi, la définition du gaullisme (historique) comme d'un centrisme. Il n'est que l'expression d'une autre droite (bonapartiste si l'on suit René Rémond), statolâtre, autoritaire, obsédée par le chef providentiel. Aussi, j'éprouve une bizarre sensation d'altérité lorsque certains centristes annoncent leur volonté de suivre Dominique de Villepin alors que ce dernier se réclame du gaullisme.

Jean-François Kahn a critiqué le mode de fonctionnement de la présidence Sarkozy... il me paraît donc très curieux de lire sous sa plume des propos aussi favorables au gaullisme qui en a initié et illustré de nombreuses tares (et je n'ai même pas parlé de la modification constitutionnelle de 1962).

Il y a donc une confusion dans ce qui relève du « dur » et du « mou ». Il y a une différence entre défendre des positions tranchées et des pratiques politiques autoritaires. Si le centrisme français est apparu comme mou, c'est par manque de clarification programmatique, de références doctrinales solides. Si le gaullisme jouissait véritablement de ces qualités, aurait-il pu laisser se développer des interprétations aussi variées que celle de l'UDT ou d'un Jacques Soustelle ? Aurait-il fini comme un énième avatar du libéral-conservatisme ? Jean-François Kahn hésiterait-il dans son billet entre le gaullisme héroïque sans grand contenu politique de l'appel du 18 juin et le gaullisme à l'épreuve du pouvoir, présidentialiste et conservateur.


  1. [Son blog n'étant plus disponible, je reproduis une partie du billet en question : « Car le gaullisme fut cela aussi : une tentative de subvertir les vieux clivages, tentatives elles-mêmes subverties par ceux qui en instrumentalisèrent la promesse et la spécificité pour l'offrir à la vieille droite sur un plateau. Ce que la social démocratie blairiste a été au socialisme, le RPR le fut en quelque sorte au gaullisme. Le gaullisme représenta, dans les années 60, un vrai « centrisme ». Tout sauf mou. Il se heurta, certes, à une opposition de gauche que su rassembler et incarner François Mitterrand, mais aussi à une forte opposition de droite, haineuse, parfois assassine, au sein de laquelle se côtoyaient les orphelins du pétainisme, les nostalgiques du colonialisme, les atlantismes à tous crins et les libéraux les plus dogmatiques. »] Blog de JFK à nouveau disponible en début d'après-midi.

  2. SIRINELLI J.-F. (dir.), Dictionnaire historique de la vie politique française au XXe siècle, PUF, Paris, 1995, pp.524-529 pour l'article « gaullisme ».

  3. BERSTEIN S. et WINOCK M. (dir.), La République recommencée de 1914 à nos jours – Histoire de la France politique tome IV, Seuil, Paris, 2008, pp.389-443 sur le système politique gaullien.

dimanche 28 février 2010

Le non-sens d'un « grand rassemblement écolo-démocrate » (2)

La première partie n'était qu'un préambule pour poser le problème : le flou du projet démocrate, qui de ce point de vue constitue une régression par rapport au programme de la nouvelle UDF, et sa compatibilité supposée avec l'écologie politique.


La proximité entre la gauche et l'écologie politique n'est pas un accident français et le Parti de Gauche, évoqué précédemment, une exception. On la retrouve un peu partout à des degrés divers en Europe (Espagne, Italie notamment). D'une certaine manière, l'écologie politique se comporte comme un énième avatar du rationalisme moderne. Il n'est pas anodin qu'à la base de cette famille de pensée, l'écologie se pense d'abord comme une science. Entre le rationalisme marxiste et l'écologisme, l'analyse n'est pas identique mais le mode opératoire est le même : la véracité de leur compréhension du monde fonde leur légitimité. Leurs opposants sont renvoyés à leur ignorance, intéressée ou pas. Avant-hier sur Europe 1, Augustin Legrand (Europe Écologie) n'hésitait pas à affirmer que la liste à laquelle il appartenait était composée de Verts et d'experts...

Pour que la famille politique issue du centre puisse survivre (et les régionales prouveront à n'en pas douter à quel niveau de déliquescence elle est malheureusement parvenue), il me paraît nécessaire de revenir aux fondamentaux pour proposer une synthèse actualisée de ce que pouvait être l'UDF (je me place dans le champ des idées et non pas dans celui des stratégies électorales). Il faut montrer ce qui la différencie du reste de l'échiquier politique, ce qu'elle est de manière tranchée. Or, en toute rigueur, par son héritage démocrate-chrétien, l'UDF n'était pas un parti rationaliste stricto sensu.

Dans son ouvrage Le sens du politique Laurent de Briey, directeur du CEPESS (le centre d'études affilié au Centre démocrate et humaniste wallon) précisait en ces termes le ressort fondamental du rationalisme politique :

Le génie de la morale kantienne est d'exprimer dans sa plus grande perfection l'ambition de l'idéal rationaliste moderne : émanciper l'homme de tout ordre extérieur en fondant sur la raison une synthèse de la liberté et de la loi. Comme agir librement signifie agir conformément à la raison et que, dans le même temps, la loi n'exige que le respect de la raison, l'homme libre se confond avec celui qui agit de la manière respectueuse de la loi. La raison est le moyen terme qui permet de réconcilier la liberté et la loi. [L. de BRIEY, Le sens du politique – Essai sur l'humanisme démocratique, Mardaga, 2009, p.28.]

Il en expliquait aussi les failles :

L'être humain n'est pas naturellement vertueux, il ne souhaite pas toujours agir raisonnablement. D'autre part, l'État ne peut pas se confondre avec LA raison, il ne peut pas être l'expression de LA volonté générale. Le principe abstrait d'un État rationnel ne peut s'incarner que dans un législateur et un gouvernement concrets composés d'hommes qui nommeront volonté générale ce qui n'est que leur volonté particulière. Dès lors, l'unité de la raison et de la liberté conduit au despotisme : une loi dont on ne sait pas si elle est réellement raisonnable est imposée par quelques personnes à l'ensemble d'un peuple qui ne se croit plus libre. [L. de BRIEY, Le sens du politique – Essai sur l'humanisme démocratique, Mardaga, 2009, p.32.]

L'idée que l'État incarne seul la raison conduit à un glissement pour ne pas dire à une perversion de la structure étatique. Or, comme le rappelait Jean-Louis Bourlanges, l'UDF n'était pas statolâtre. Dans le même temps, obliger le corps politique à se comporter vertueusement d'un point de vue écologique constitue la base même du propos écologiste : il faut éduquer les gens. Jacques Maritain dans sa conférence sur le Peuple et l'État nous avertissait sur les dangers inhérents à confondre, voire à identifier le corps politique et l'État, le tout et la partie :

Le problème, à mon avis, est de distinguer le progrès normal de l'État des fausses notions, liées au concept de souveraineté, qui ont parasité ce progrès ; et aussi de changer les conditions générales arriérées qui, en imposant à l'État une trop lourde charge, l'exposent à devenir sérieusement vicié. Car ces conditions générales arriérées et ces fausses notions absolutistes donnent lieu ensemble à un processus de perversion qui se combine à la croissance normale et y introduit des altérations parasitaires. Comment décrire ce processus de perversion ? Il se produit – et ceci est évident d'après toutes nos remarques précédentes – quand l'État se prend à tort pour un tout, le tout de la société politique, et quand, par la suite, il prend sur lui d'exercer les fonctions et d'accomplir les tâches qui, normalement, relèvent du corps politique et de ses divers organes. [J. MARITAIN, L'Homme et l'État, Desclée de Brouwer, 2009, p.39.]

Aussi, je me méfie des écologistes (je devrais dire des Verts) et de leurs prétentions hégémoniques, au moins dans le débat d'idées. Non pas que je leur prête des intentions totalitaires, mais leur mode de pensée me paraît dangereux à terme et inconciliable avec une pratique humaniste de la politique

Le XXe siècle a été martyrisé par ceux qui savaient trop bien vers quoi se dirigeait l'humanité et comment elle devait y aller. Pour Rayment-Pickard, les racines de ce futur obligatoire plongent dans la croyance qui fut celle des Lumières : on ne doit pas simplement attendre le futur mais le produire. Inévitablement, le résultat est brutal : « Du moment qu'il y a un plan, il faut s'y conformer ; il faut contrôler et gérer les ressources nécessaires à ce plan ; ceux qui ne sont pas d'accord ou qui ne coopèrent pas doivent aussi être « gérés ». Tout ce qui concerne la mise en œuvre d'un futur planifié exige qu'on lui applique ce qu'Adorno et Horkheimer appellent la « raison instrumentale » : une rationalité qui a le contrôle et met tout au service du but fixé (1). » Le but premier du plan peut avoir été la liberté humaine, mais au siècle dernier nous avons souvent constaté qu'il la détruisait. [T. RADCLIFFE, Pourquoi donc être chrétien ?, Cerf, 2005, p.24.]

Non, décidément, je ne trouve pas d'intérêt autre que tactique à un rassemblement écolo-démocrate.


(1) H. RAYMENT-PICKARD, The Myths of Time : From St Augustine to American Beauty, p.119.

samedi 27 février 2010

Le non-sens d'un « grand rassemblement écolo-démocrate » (1)

J'ai préféré scinder ce billet en deux du fait de sa longueur. L'argumentation présentée n'est pas définitive et nécessite sans doute d'autres approfondissements.


Depuis les élections européennes de juin dernier, l'écologie est à la mode. Le développement durable envahit tout. Chaque groupe politique cherche à mettre une petite touche de vert sur ses tracts. Derniers exemples en date : le Parti de Gauche, dont le logo arborait jusqu'à présent qu'un bordeaux/terracota du plus bel effet, est devenu bicolore et le MoDem a même créé ad hoc une coquille vide pour remplacer un CAP21 indocile. Ces deux faits me paraissent significatifs de l'impasse que représente les divers projets de convergence entre les écologistes et les personnes issues du Centre.

Le rassemblement écolo-démocrate ne vaut pas mieux, selon moi, que le rassemblement fourre-tout de Peillon. Il ne s'agit pas de nier l'importance de la préoccupation environnementale. Il ne s'agit pas non plus de refuser par principe toute forme de coopération avec les écologistes. Mais, affirmer que la seule troisième voie possible réside dans le rapprochement entre centristes et écologistes repose sur un présupposé flou et faux d'une compatibilité évidente.

L'affaiblissement doctrinal (pour ne pas dire idéologique) du clivage droite-gauche rend particulièrement inconfortable la position centriste. La modération qui lui était propre entre une gauche marxiste et une droite conservatrice ne peut plus suffire à déterminer un espace politique véritable : les contours des deux autres familles politiques ont considérablement évolué. L'échiquier politique français baigne dans les brumes. Le seul clivage qui fonctionne électoralement réside dans la posture politique et l'opposition entre une majorité au pouvoir et une opposition qui aspire à la remplacer. L'encéphalogramme du débat public est plat. Or, le centrisme, de ce point de vue là, constitue un positionnement faible. Il apparaît comme la famille politique qui refuse de choisir, la mollassonne, l'opportuniste prête à se vendre... liste non exhaustive.

Pourtant, l'UDF avait un fond doctrinal riche et cohérent. En 2006, Jean-Louis Bourlanges le définissait ainsi :

L'UDF occupe sur l'échiquier idéologique français une position relativement claire, définie par la conjonction de l'héritage libéral, celui de Montesquieu, Benjamin Constant ou Tocqueville, et d'une exigence de solidarité inscrite dans les traditions démocrate-chrétienne et radicale. Elle s'est donc constamment située en opposition à la culture jacobine, centralisatrice et nationaliste qui domine la gauche de la gauche et la droite autoritaire. Elle s'est toujours confrontée aux champions de la « guerre civile froide » qui n'envisagent la politique que sous l'angle de la conquête d'un appareil d'État contrôlant étroitement la société. Institutionnellement, notre famille a toujours été favorable à un rééquilibrage des pouvoirs au profit des assemblées, des collectivités territoriales et de l'Union Européenne. Économiquement, nous avons toujours combattu le dirigisme et le protectionnisme, célébré les vertus de la liberté de produire et d'échanger. Socialement, nous avons toujours été favorables à une extension du champ de la politique contractuelle et à la mise en place d'instruments de solidarité combinant la prise en charge publique des besoins sociaux avec une liberté de choix renforcée pour les bénéficiaires. [Commentaire, n°119, automne 2007, p.714]

D'une certaine manière, le programme des présidentielles de 2007, supervisé par Pierre Albertini, a incarné l'aboutissement doctrinal de la nouvelle UDF. Cependant, dès son article « du Centre au projet démocrate » [Commentaire, n°119, automne 2007, pp.721-729] François Bayrou prenait ses distances avec cet héritage pour une synthèse plus large. En fait, le Mouvement Démocrate, pas encore né, s'était mis au diapason des autres formations politiques : propositions vagues, hétéroclites, course à l'électeur le plus divers. Et ce n'est pas le congrès d'Arras qui a modifié cela. Il est bien difficile de cerner la doctrine de ce parti, de saisir la cohérence de l'architecture d'ensemble ou son originalité intrinsèque dans le fameux petit livre orange.

Dernier symptôme de cette faiblesse doctrinale, l'idée que l'avenir du mouvement ne passerait que par la convergence avec les écologistes. Mieux : l'absence de rapprochement orange-vert expliquerait les échecs électoraux précédents du parti de François Bayrou. Or, si on revient aux racines de ce qu'est le centre en France, on se rend compte qu'il y a une contradiction fondamentale. La pensée centriste n'est pas soluble dans l'écologisme à moins d'être dénaturée.

jeudi 5 novembre 2009

La double tragédie du Centre (4)

Dernier volet de ce bilan personnel sur le Centre en France.


Face aux évolutions du Mouvement Démocrate, le Nouveau Centre se présente comme « l'UDF d'aujourd'hui ».

Ce parti porte le fardeau des conditions de sa fondation. L'image du traître qui tourne casaque entre les deux tours de la présidentielle leur colle à la peau. Il est vrai que je me souviens de la véhémence (presque outrancière) d'Hervé Morin sur les ondes d'Europe 1 contre le candidat Sarkozy, avant le premier tour. Quelle palinodie, juste après, pour agonir d'injures Bayrou expliquant qu'il ne votera pas pour le candidat UMP. N'ayant pas milité au Nouveau Centre, je ne peux faire le portrait de ce qui s'est passé, même si la presse a pu s'en faire l'écho. Toutefois, je ne crois pas que ce mouvement ne soit peuplé que de carriéristes ou d'arrivistes tout juste bons pour aller à la source et s'aplatir devant le totem UMP. Je ne peux m'empêcher de croire que Bourlanges dit vrai lorsqu'il écrit en post-scriptum de sa lettre sur le centrisme :

« Certains s'étonneront qu'après avoir adressé un message aussi sévère au président de l'UDF je me sois cependant rangé sous sa bannière lors de l'élection présidentielle. Je leur dois une explication : François Bayrou m'avait assuré, après réception de ma lettre, que s'il n'était pas présent au second tour, il favoriserait l'élection de Nicolas Sarkozy ». (Commentaire n°119, p.720)

Je peux comprendre que des députés en désaccord avec la ligne bayrouïste aient choisi de le quitter brutalement pour sauver leur existence politique. Il est toujours un peu facile d'être courageux pour les autres. Mais finalement, ils ont sauvé leur place pour en faire quoi ? Le Nouveau Centre serait à 3 % dans les intentions de vote, ce qui signifie que, sous peu, le NC va baisser pavillon comme lors des européennes et négocier des places sur les les listes UMP... encore une fois. Si le Nouveau Centre est l'UDF d'aujourd'hui, il incarne le concentré de ce que je n'appréciais pas en elle (ce qui a fait que je n'ai jamais pris ma carte du temps de l'UDF) : un centre suiviste, réduit à l'état de supplétif du tout puissant RPR. La valeur ajoutée centriste apportée à la majorité pose question. Ce parti s'enferme (se laisse enfermé ?) dans le rôle de voltigeurs anti-MoDem alors que Jean Arthuis endosse de plus en plus le rôle du poil à gratter centriste du pouvoir UMP.

Le dernier éditorial du centrisme a sans doute raison, les partis centristes sont au fond du trou. Les régionales seront, à mon sens, décisives : soit le centrisme disparaîtra comme force politique (par insignifiance électorale ou assimilation à un des deux pôles), soit sa déliquescence fera prendre conscience aux protagonistes de sa nécessaire refondation.

mercredi 4 novembre 2009

La double tragédie du Centre (3)

Troisième volet de ce bilan à propos du positionnement tactique du Mouvement Démocrate, après l'échec dans l'édification d'un parti unitaire et celui de l'élaboration d'une synthèse humaniste.


De cette diversité et de ces atermoiements naît un malaise quant au positionnement tactique du Mouvement Démocrate. Le 22 avril 2007, François Bayrou affirmait que la France avait enfin un centre. Dans son article de Commentaire, il appelle à un dépassement de ce terme, tout en voulant en conserver son héritage. Combien de fois ai-je entendu des propos moqueurs voire infamants sur le Centre et le Centrisme dans la bouche de « démocrates » ? Ni à droite, ni à gauche, ni au centre, nous sommes alternatifs (phrase à peu près exacte tirée d'un Conseil départemental provisoire des Bouches-du-Rhône). La semaine dernière encore, à propos de ses rapports avec la gauche, François Bayrou affirmait être au centre... Alors qu'à la Grande Motte, Jean-François Kahn traînait dans la boue le concept (repris il y a peu par Corinne Lepage). Certains affirment que la position du MoDem est au centre-gauche, sans véritablement définir le contenu... On dirait même un décalque du centre-droit vieille forme où la détermination du centre ne passe que par ses alliés et non pas par son corpus programmatique. On a aussi entendu cet été l'expression de centre progressiste. Il est curieux d'aller chercher un terme du vocabulaire de la gauche pour définir son originalité intrinsèque. « Or, chaque fois qu'on accepte la langue de ses adversaires, d'une certaine manière on a perdu d'avance ». Bayrou le disait lui-même en 2007 (Commentaire n°117, p.722). Peut-être avait-il à l'esprit le Parti du Congrès indien, mais ce serait oublié que derrière les mesures sociales de Sonia Gandhi, il y a aussi les réformes libérales de Manmohan Singh. C'est dire si une nébulosité très dense enserre le Mouvement Démocrate.

Cette imprécision a eu une illustration éclatante cet été. Corinne Lepage voulait siéger avec le groupe écologiste au Parlement Européen, tandis que le PDE était décapité par le départ des anciens de la Marguerite italienne au PSE. Sagement, François Bayrou a préféré demeurer dans le groupe libéral... pour qu'à la fin de l'été, on nous explique doctement qu'il fallait faire émerger le camps de l'alternance au pouvoir sarko-umpiste. Mais les mains tendues successives au PS et à Europe Écologie ont reçu une fin de non recevoir ou presque. L'image du parti n'est qu'un peu plus écornée : triste scène que de voir les leaders oranges faire la danse du ventre devant la gauche pour sauver quelques élus tout en voulant préserver les apparences d'un dialogue politique digne. 

Un quatrième échec électoral serait lourd de conséquences. Les premiers sondages donnent le MoDem péniblement à 7 %, voire moins. Impossible de se maintenir au second tour mais la fusion est possible à ce niveau. Avec qui ? Surtout pas l'UMP, considérée comme un bloc... mais avec la gauche. Du moins, la gauche que l'on apprécie : Peillon et ses amis pour le PS (qu'on aura tôt fait de rebaptiser socio-démocrates pour montrer l'évidente proximité avec eux, même si cette appellation en France est parfaitement vide de sens), ou bien Europe Écologie (mais pas trop les Verts, un ramassis de gauchistes... qui en plus ne nous apprécient pas). Le problème réside dans notre position de faiblesse pour aborder ces discussions de second tour, d'autant que la possibilité d'union dès le premier a été très sérieusement envisagée. La posture d'indépendance annoncée il y a quelques jours s'apparente à un pis aller... De l'autre côté, il reste une nostalgie de la gauche plurielle, ou plutôt de sa logique. Et au second tour, après l'évidente entente PS/EE, entre le Front de Gauche et le MoDem, leur cœur risque de ne pas balancer longtemps. Comme il a déjà été dit au PS, on peut récupérer les voix sans faire des montages électoraux complexes. Les voix démocrates, oui, les élus démocrates, non. De plus, ce positionnement (autonomie au premier tour, alliance à gauche au second) expose le parti à un triple écueil : les électeurs de centre-droit (un reliquat UDF ?) pourraient se réfugier dans un vote Nouveau Centre ou Alliance centriste, les centristes extrêmes ne plus se déplacer, du fait de l'abandon objectif de la ligne d'indépendance et les électeurs de centre-gauche opter pour un vote utile à gauche dès le premier tour. Je ne crois plus aux vertus soudaines de la réflexion démocrate qui permettrait par un programme novateur d'emporter l'adhésion des masses (si l'électorat se déterminait seulement sur les programmes, depuis le temps, on le saurait). D'autres s'abusent en imaginant une troisième voie Modem/Europe Écologie... l'écologie n'étant ni de droite, ni de gauche... ce n'était déjà pas vraiment une science, alors en faire une idéologie, c'est assez scabreux... 

Ainsi, l'état actuel du MoDem donne raison à Jean-Louis Bourlanges. Dans sa lettre sur le centrisme (publiée elle aussi dans le numéro d'automne 2007 de Commentaire) et dans son discours au dernier conseil national de l'UDF, il annonçait tous les écueils sur lesquels le MoDem s'est fracassé au cours de ces deux dernières années. Les arguties démocrates actuelles pour justifier le nouveau positionnement tactique du Mouvement constituent un monceau de spéciosités. J'en veux pour preuve ces morceaux choisis :

« Sommes-nous voués, comme citoyens, à n'avoir le choix qu'entre deux options politiques, l'option néo-conservatrice ou l'option archéo-socialiste, alors que nous croyons qu'elles sont toutes deux erronées et promises à l'échec parce que ne répondant ni à l'attente des citoyens ni à celle des temps. » (Commentaire n°119, p.721)

« Le projet démocrate est gravement en contraste et en opposition avec le projet socialiste » (Commentaire n°119, p.729)

Il ne m'a pas semblé que le PS ait bouleversé sa ligne au point d'infirmer ces déclarations.

Après deux ans de militantisme actif au sein du MoDem, il me semble que les raisons qui ont présidé à mon engagement ne sont plus. Le Mouvement Démocrate n'est pas (plus ?) une formation qui cherche à constituer une troisième voie qui dépasserait les impasses du socialisme ou du libéralisme conservateur en sublimant l'héritage des centres en France. Ou, si j'ai mal compris et que cela demeure effectivement l'objectif final dans les hautes sphères du MoDem, les moyens mis en œuvre ne me paraissent ni adaptés, ni justifiés, ni mêmes opératoires. Je n'ai pas renouvelé mon adhésion et ne trouve aucun argument valable pour le faire. 

La pensée de François Bayrou demeure intéressante à plus d'un titre. L'offre politique du Mouvement Démocrate peut s'avérer ponctuellement la meilleure (ou la moins mauvaise), mais pour consacrer, avec sincérité et abnégation, une partie de son existence à la chose politique, il faut davantage qu'une adhésion de surface


mardi 3 novembre 2009

La double tragédie du Centre (2)

Première partie de ce bilan ici.


Le problème de l'hétérogénéité du Mouvement Démocrate s'est posé avec d'autant plus d'acuité que la ligne « idéologique » (ou programmatique, ce terme devrait être plus juste...) n'a jamais été clairement fixée. Certes, des bases ont été posées à Seignosse, à Villepinte, au Cap Estérel... mais force est, à nouveau, de constater que le Mouvement n'a jamais tranché véritablement sur son identité. Il suffit de lire les propositions du parti sur le site officiel ou sur les blogs démocrates pour se rendre compte qu'on procède toujours par accumulation. Être démocrate, c'est être humaniste, solidaire, écologiste (ou pour le développement durable, voire pour le développement soutenable), un peu libéral (mais pas trop)... Cela cache mal la faiblesse du mot démocrate pour distinguer une famille politique. Il ne viendrait à l'esprit de personne de dire que ceux qui n'appartiennent pas au MoDem ne sont pas pour la démocratie. Ce terme n'a aucune épaisseur historique ni une singularité véritable en France, au contraire des États-Unis. Et pour l'instant, François Bayrou a échoué à lui donner un contenu positif. Il y a des idées souvent bonnes dans Projet d'espoir, dans Abus de pouvoir, dans les ouvrages de Jean-François Kahn, de Marielle de Sarnez ou de Corinne Lepage. Mais on saisit mal la cohérence d'ensemble, la racine commune. La diversité a ses vertus, encore faut-il qu'elle soit un tantinet ordonnée.

L'article fondateur « Du Centre au projet démocrate » paru dans Commentaire à l'automne 2007 constituait une première ébauche. Avec le recul, il s'apparente en fait à un point d'orgue de la réflexion démocrate. Au lieu de subsumer la diversité des aspirations démocrates, le discours du mouvement s'est effiloché en thèmes voire interprétation différents... Les positions dissonantes de Cap 21 en sont une expression. Surtout, certaines affirmations ont été oubliées. La critique de l'État thaumaturge a disparu de la ligne officielle. L'allusion à une Europe Fédérale a été largement minorée au cours de la dernière campagne. Faites l'expérience suivante : lors d'une réunion du Mouvement Démocrate, reproposez certaines idées du programme présidentiel de 2007. On vous traitera « d'UDF de droite » (ce qui pour ces personnes revient à un pléonasme, et oui pour certains, le MoDem devait – doit – servir à la rénovation de la gauche). De telles divergences rendaient d'autant plus illusoire la constitution d'un parti unitaire. La publication récente du document de travail pour le congrès d'Arras ne me fait pas varier dans cette appréciation. On empile les valeurs, mais on cherche l'épine dorsale qui expose de manière éloquente la singularité de notre famille de pensée. Dans son article de 2007, malgré les allusions au rapport entre hasard et nécessité ou au culte de l'argent, François Bayrou n'évoque plus la référence démocrate-chrétienne, lui qui en a été un défenseur au CDS... Le recours à la notion d'humanisme pouvait constituer comme en Belgique un moyen de séculariser ce corpus d'idées... Mais là où le cdH (Centre démocrate humaniste) wallon est capable de produire des textes comme Le sens du politique de Laurent de Briey, qui pose ce qu'est fondamentalement l'humanisme démocratique, le Mouvement Démocrate ressasse les mêmes références éparses entre Marc Sangnier, Montesquieu et des mots d'ordre « écologistes » (liste non exhaustive bien évidemment).

Certains exciperont alors la vieille antienne sur la jeunesse du mouvement, sur le caractère profondément novateur de la synthèse « démocrate ». La lecture de l'ouvrage de Marie-Nelly Denon-Birot De la démocratie chrétienne à Force Démocrate (1) vous ouvrira les yeux. Dans les pages 187 et suivantes, cet auteur reproduit la charte des valeurs de Force Démocrate (créée en 1995). La confrontation avec l'article de Bayrou de 2007 s'avère éloquent. Tout y était déjà. Dans le même ordonnancement ou presque, écologie y compris... (à l'époque le rôle de CAP21 et des quelques verts ralliés devait être tenu par Génération Écologie). Le Mouvement Démocrate n'est pas une innovation, c'est une redite amplifiée. Cependant, là où Force Démocrate a sombré à partir de 1997, le contexte électoral de 2007 nous a fait croire que ce pari pouvait être réussi. En vain. La définition d'un humanisme démocratique à la française, en près de quinze ans, n'a pas progressé. L'empilement de valeurs vaguement définies permettent toutes les interprétations qui, de fait, cohabitent difficilement dans un parti unitaire.


(1) Marie-Nelly Denon-Birot, De la démocratie chrétienne à Force Démocrate, L'Harmattan, Paris, 2000, 206 pages.

lundi 2 novembre 2009

La double tragédie du Centre (1)

Ce qui suit est issu de la fusion de plusieurs idées de billets, restés à l'état de brouillon. Du fait de sa longueur, il a été divisé en quatre. En voici le premier volet.


Les prises de position actuelles des différents partis issus du Centre permettent de tirer un bilan des deux années qui ont suivi l'adhésion de l'UDF au Mouvement Démocrate. 

En 2007, deux tendances se sont dégagées dans la famille centriste : une proclamant la nécessaire indépendance du Centre pour perturber le fonctionnement bipolaire du système électoral français, l'autre affirmant la nécessité de rester arrimé au grand parti de droite pour exister.

François Bayrou a porté avec panache l'idée d'un Centre indépendant. La tenue programmatique de la campagne présidentielle et le score du premier tour ont soulevé un enthousiasme certain, identifiable à une vague nouvelle d'adhésions. Enfin, le centre français affichait son indépendance face au RPR. De quoi sauter le pas de l'engagement politique pour les sympathisants UDF, mal à l'aise devant la vassalisation de la famille centriste jusque là. Deux ans après, force est de constater que cette entreprise a fait long feu. L'échec, me semble-t-il, porte sur trois aspects : la structure partisane, le déficit idéologique et le positionnement stratégique.

Pour qui a assisté à des réunions MoDem au début de l'été 2007 (dans les Bouches-du-Rhône et sans doute ailleurs), il y avait de quoi être médusé. Naïvement, j'avais cru que la nouvelle structure consistait à élargir l'UDF libre. En fait non. La plupart des nouveaux adhérents voulaient en finir avec l'ancienne structure UDF et ses cadres. Leur entrée récente en politique ou le départ de leur précédente formation fondaient, en soi, leur légitimité. Un élu UDF (même fidèle à la ligne Bayrou) incarnait nécessairement une politique du passé, une subordination aveugle ou latente à la droite et un refus de pratiques authentiquement démocratiques que le nouveau parti devait porter. Ici bas, c'était l'anarchie et des engueulades interminables. Simple crise de croissance ? Non, docteur, c'était pire. François Bayrou avait réussi a faire une campagne populaire sans les dérives basistes du protocole mis en place par Ségolène Royal... Or, mutation curieuse, l'élection présidentielle passée, le MoDem a été submergé par une vague basiste. Le petit et le sans grade se trouvaient beaucoup plus légitimes qu'un élu, un cadre ou un responsable au seul prétexte qu'il était nouveau sous la bannière orange.

Il me semble donc que le départ des députés UDF a fait beaucoup plus de mal au nouveau mouvement que prévu. J'ai ici un désaccord avec l'excellent Bob qui sur son blog affirmait récemment : « La différence c'est peut-être aussi que Bayrou a une responsabilité dans ce qu'est aujourd'hui le NC, alors que les fondateurs du NC n'en ont aucune dans la situation actuelle du MoDem. » Et bien non, le départ des députés a décrédibilisé la volonté d'indépendance de l'UDF libre aux yeux des nouveaux soutiens de François Bayrou. Finalement, cette UDF-là, c'était bien la droite et que la droite... De plus, cela a décapité une partie des fédérations, contribuant un peu plus au bazar démocrate. Au cours de cet été 2007, le mouvement naissant a été plongé dans une forme d'anomie. Seignosse n'ayant rien tranché, la tardiveté du congrès de Villepinte (sans doute due à des difficultés matérielles) n'a pas arrangé cet état de fait... Surtout que les premières véritables élections du nouveau mouvement (les législatives n'étaient qu'une forme de redite par rapport aux présidentielles), les municipales, se préparaient déjà... Ces élections ont révélé une chose : comme toutes les familles politiques, les démocrates avaient attiré à eux un ensemble hétéroclite d'arrivistes, recherchant une étiquette porteuse pour satisfaire leur soif de conquête électorale. En dehors du président-fondateur, il n'y avait pas, localement, d'autre instance de légitimation. Tout était permis ou presque. Au lieu d'appliquer des statuts et de respecter des règles, on a vu se développer des réseaux plus ou moins informels, issus d'anciennes allégeances... Ne t'inquiète pas, j'ai eu untel au téléphone, j'aurai l'investiture... Avec de telles pratiques, il n'est pas étonnant qu'il y ait eu des étincelles entre nouveaux adhérents et structure UDF restante. Les Bouches-du-Rhône en ont donné un exemple tristement célèbre... Pour Arles et Marseille, les anciens UDF furent désavoués au profit d'anciens verts : il fallait montrer le visage d'un parti rénové. Après tout, soit. Mais ce maelström, dans ce contexte, a été très mal géré (pouvait-il en être autrement ?). Il a fait éclater au grand jour l'ambiance de guerre civile qui régnait dans le mouvement. Finies les envolées lyriques, bienvenue à la politicaillerie de bas étage. Un mouvement unitaire ? Non, plutôt une armée mexicaine... Les défaites se succédant, l'enthousiasme est retombé. La constitution des mouvements départementaux n'a pas arrangé la situation. Au contraire, elle a été l'occasion de solder les comptes après les municipales. Le militant orange s'est fait plus rare lors de la campagne européenne... et il y a fort à parier que la situation ne sera pas meilleure pour les régionales. Ceux qui voudraient réduire ce phénomène à un simple effet de mode qui s'estompe se trompent. Il y a surtout eu une profonde désillusion de voir que, pour beaucoup, les ennemis du MoDem se trouvaient déjà dans le parti et qu'il fallait les marginaliser. En définitive, les difficultés de construction du MoDem ont largement résidé dans cette difficile quête de légitimité des adhérents et dans sa reconnaissance par les autres, en dépit du travail d'une armée de médiateurs...

Le choix, justifié dès 2007 par François Bayrou, d'un mouvement unitaire a ainsi obéré le développement de notre famille politique. En juillet 2007, à Marseille, le leader orange avait expliqué ce choix : il ne fallait pas réitérer les erreurs de l'UDF confédérale et ses chicaneries perpétuelles. Il est vrai que faire l'histoire de l'UDF « giscardienne » de 1978 à 1998, c'est porter le regard sur des luttes continues de préséance entre grandes et petites formations, entre les démocrates-chrétiens et les libéraux. Mais, en définitive, le Mouvement Démocrate « unitaire » a-t-il fait mieux ? Au bout de deux années, on trouve le même bazar, les succès électoraux en moins. La famille centriste (ou centripète) est trop diverse pour être enfermée dans une construction monolithique. Le génie de Giscard était de l'avoir compris, l'orgueil de Bayrou a été de vouloir s'en affranchir. L'enthousiasme de 2007 nous a aveuglé sur la profonde hétérogénéité et l'irréductibilité de l'électorat bayrouïste.